Transgenres : les risques sociétaux surpassent les risques médicaux selon un médecin
Transgenres : risques sociétaux > risques médicaux

Judith Dendievel, médecin généraliste à Nice, accompagne depuis près de dix ans des personnes transgenres dans leur parcours de transition. Elle nous éclaire sur les enjeux d’une bonne prise en charge adaptée à leurs besoins spécifiques, l’importance du suivi en cas de traitement hormonal, et rappelle que la transition est souvent une nécessité vitale.

Transition rime-t-elle forcément avec hormones et chirurgie ?

Non, il n’y a rien de systématique. Certaines personnes souhaitent seulement un traitement médical, d’autres ressentent le besoin d’être opérées, parfois, ni l’un ni l’autre. Notre rôle, en tant que médecins, consiste à accompagner chaque personne là où elle veut aller. Et ça c’est assez nouveau.

Qu’entendez-vous par là ?

Il y a 10 ans, un homme trans, par exemple, devait impérativement subir une hystérectomie et une ovarectomie, même à 20 ans, pour obtenir ce changement. Mais, depuis 2016, il n’y a plus d’obligation pour les personnes transgenres de subir ni traitements médicaux, ni chirurgie génitale d’affirmation de genre pour faire modifier leur sexe à l’état civil. L’évolution de la loi a été un vrai soulagement, en permettant aux personnes trans de se définir pleinement sans validation médicale.

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Les traitements hormonaux présentent-ils des risques ?

Comme tout traitement médical, ils comportent des effets secondaires potentiels. Mais ce sont des traitements que nous connaissons bien et que nous surveillons. On en parle avant, on prépare les personnes et, si besoin, on traite. La testostérone peut par exemple provoquer de l’acné importante chez certains hommes trans. Concernant le risque d’ostéoporose, elle survient principalement en cas de déficit hormonal important, ce que le suivi médical vise justement à éviter en veillant à ce que les traitements soient bien adaptés, bien tolérés et disponibles dans la durée. S’agissant du risque de cancer, une crainte fréquente, aucune incidence accrue de cancer hormono-dépendant n’a été mise en évidence dans les études.

Certaines chirurgies restent néanmoins lourdes…

Oui, certaines interventions peuvent entraîner des complications, comme toute chirurgie. Mais il faut toujours raisonner en balance bénéfice-risque. Et aujourd’hui, de façon très claire, cette balance est largement en faveur de la prise en charge des transitions. Par exemple, pour certains hommes transgenres, vivre avec une poitrine peut être extrêmement difficile psychologiquement. La chirurgie répond alors à une nécessité profonde liée à l’image corporelle et à l’identité.

Quels sont les principaux risques pour la santé des personnes trans ?

À mes yeux, ils sont davantage sociétaux que médicaux. Les personnes vont très majoritairement beaucoup mieux après la transition : elles se retrouvent à la bonne place psychiquement et émotionnellement. Les études montrent une amélioration majeure de la santé mentale après transition. Une étude écossaise publiée en 2022 montrait par exemple que 63 % des personnes interrogées avaient eu des idées suicidaires avant leur transition, contre 3 % après : c’est une justification médicale très forte de notre travail. La société leur fait en réalité beaucoup plus de mal que les traitements hormonaux ou la chirurgie : elles sont davantage exposées au stress, à la précarité, aux discriminations et parfois aux violences.

Que dites-vous à ceux qui disent de la transidentité que c’est aussi un « effet de mode » ?

C’est extrêmement éloigné de ce que j’observe dans ma pratique. Pour beaucoup, il y a quelque chose de l’ordre de la survie. Les nouvelles recommandations publiées en 2025 par la HAS rappellent d’ailleurs que l’accès aux soins de transition « ne constitue pas un confort, mais un enjeu vital en termes de bien-être, de vie personnelle et de santé globale ». C’est exactement comme cela que nous le voyons comme soignants.

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À quel âge les jeunes commencent-ils à consulter ?

Les plus jeunes que je reçois ont environ 15 ans. Mais avant même de parler de traitements hormonaux, il existe énormément de choses qui peuvent être mises en place : accompagnement psychologique, soutien familial, adaptation sociale, orthophonie parfois… Pour les mineurs, rien ne se fait sans l’accord des parents et sans concertation médicale.

Quel message adressez-vous aux familles qui peuvent être déstabilisées ?

Je comprends que cela puisse être difficile. Beaucoup de parents disent : « J’avais un garçon, j’ai maintenant une fille », ou inversement. Mais je crois qu’il ne faut pas raisonner en termes de perte. Lorsqu’un enfant parvient à exprimer sa transidentité à sa famille, cela signifie souvent qu’il a grandi dans un environnement suffisamment sécurisant pour pouvoir être lui-même. Les parents restent les premiers alliés. Plus ils sont soutenants, mieux ce sera pour leur enfant.