La Maison des adolescents des Alpes-Maritimes, structure de la Fondation Lenval située à Nice, assure chaque année près de 1 000 consultations pour des jeunes de 11 à 25 ans en souffrance psychique. Troubles anxieux, déscolarisation, idées suicidaires : les motifs de consultation sont variés et souvent graves.
Un accueil sans rendez-vous pour les jeunes en détresse
Dans une vaste salle d’attente, des adolescents, tête basse ou les yeux rivés sur leur téléphone, attendent. Quelques parents, l’air inquiet, les accompagnent. La structure reçoit librement, sans rendez-vous, tous les jeunes en souffrance. Certains viennent pour un mal-être diffus, d’autres en situation de crise aiguë, comme ce garçon qui se disait « perdu, prêt à se jeter sous le tramway ».
Chaque jeune bénéficie d’une évaluation approfondie par un binôme (psychologue et professionnel paramédical) lors d’un entretien d’environ une heure. La consultation est gratuite et confidentielle. Le jeune peut venir seul ou accompagné d’un parent, d’un ami ou d’un membre de la famille.
Des troubles plus sévères et des jeunes plus nombreux
L’équipe, expérimentée, constate une évolution préoccupante : la majorité des adolescents accueillis ont entre 15 et 17 ans, mais les plus jeunes sont de plus en plus nombreux, avec des troubles souvent plus sévères. « Les adolescents, quels que soient leur milieu social ou leur environnement familial, vont globalement plus mal », témoigne-t-elle.
Les troubles anxieux sont les plus fréquemment verbalisés : « je suis angoissé », « je n’arrive plus à aller au lycée », « je ne prends plus le bus ». Mais cette anxiété n’est souvent que la partie émergée de l’iceberg. Lors de l’évaluation, d’autres difficultés apparaissent : troubles du sommeil, conduites alimentaires perturbées, symptômes dépressifs.
Les causes : conflits familiaux, harcèlement, précarité
Les situations sont diverses, mais certains facteurs reviennent fréquemment : conflits intrafamiliaux, séparations difficiles, violences conjugales. L’enfant peut être pris, voire instrumentalisé dans ces tensions. Le harcèlement, scolaire ou sur les réseaux sociaux, est également très présent. Autre phénomène marquant : la déscolarisation, avec des adolescents isolés chez eux depuis des mois, voire des années. Enfin, les psychotraumatismes (deuils, violences sexuelles, exposition à des événements traumatiques) jouent un rôle majeur.
Le contexte social pèse lourd. Dans les Alpes-Maritimes, beaucoup de familles vivent dans une grande précarité, avec un taux supérieur à la moyenne nationale. Des jeunes vivent dans des conditions très difficiles : familles nombreuses dans des logements exigus, inquiétudes financières, instabilité familiale. Mais la souffrance psychique touche tous les milieux.
La crise du Covid, un accélérateur
La crise du Covid a probablement accéléré la dégradation de la santé mentale des jeunes. L’isolement durant les confinements les a privés de liens sociaux, fondamentaux à cet âge. Beaucoup se sont retrouvés isolés chez eux, parfois dans des contextes familiaux déjà fragiles. L’hypothèse de conséquences neuropsychiatriques du Covid long (anxiété, troubles du sommeil, symptômes dépressifs) est aussi avancée. Mais la réalité est multifactorielle : évolution de la société, réseaux sociaux, fragilisation des familles, défaillance parentale.
Des passages à l’acte plus violents
Tous les professionnels le constatent : les troubles sont plus graves qu’avant. Autrefois, on recevait surtout des jeunes qui avaient pris quelques comprimés, des gestes d’appel. Désormais, on est confronté à des passages à l’acte plus violents, parfois chez des enfants très jeunes (6 à 10 ans). Certaines situations reflètent directement l’impact de violences vécues ou observées dans le cadre familial.
Une prise en charge immédiate en cas d’urgence
En cas d’urgence, notamment suicidaire, l’intervention est immédiate. Le jeune n’est pas laissé seul et une prise en charge est organisée avec les urgences pédopsychiatriques. La structure peut revoir le jeune, mais n’assure pas de suivi. Le manque de ressources en psychiatrie, et plus encore en pédopsychiatrie, se fait cruellement sentir : dans certains centres médico-psychologiques, les délais d’attente peuvent atteindre quatorze mois.
Où s’adresser dans les Alpes-Maritimes et le Var ?
Alpes-Maritimes
- Menton : Permanence au CCAS, place de la Mairie. Ouverture : mercredi de 9h à 18h, vendredi de 9h à 17h. Accueil sans rendez-vous : mercredi de 13h30 à 16h (sauf 3e mercredi du mois).
- Vallauris : Dans les locaux d’Alfamif, 9 rue du Docteur-Senès. Présence des professionnels tous les mercredis. Accueil sans rendez-vous : mercredi de 13h à 15h30.
- Nice : 2A rue Raynardi. Ouverture : lundi, mercredi, vendredi de 9h à 17h ; mardi et jeudi de 9h à 19h. Accueil sans rendez-vous : lundi de 9h à 11h et jeudi de 13h à 16h. Tél. : 04 93 26 10 92.
Var
- Toulon : 71 place Pécheret. Ouverture : lundi de 15h à 20h ; mardi de 13h à 20h (accueil sans rendez-vous de 13h à 15h) ; mercredi de 10h à 19h ; jeudi de 13h à 18h ; vendredi de 10h à 17h. Tél. : 04 94 92 11 12.
- Draguignan : 18, Esplanade, bâtiment B. Ouverture : mercredi de 14h à 20h ; jeudi de 13h à 20h. Tél. : 06 38 01 19 12.
Il n’y a pas de « petite souffrance » : mieux vaut venir « pour rien » que rester seul avec ses questions. Même dans les situations graves, un adolescent peut se reconstruire et retrouver un parcours de vie.



