Soins à domicile : un enjeu majeur pour la présidentielle
Soins à domicile : un enjeu majeur pour la présidentielle

À l'approche de l'élection présidentielle, la santé demeure encore trop absente dans le discours des candidats. Les Français parlent pourtant chaque jour de déserts médicaux, de délais d'accès aux soins, et de difficultés à trouver un médecin. Les établissements de santé n'hésitent pas, d'eux-mêmes, à parler « d'Hôpital En Tension ». Le Nîmois Nicolas Balmelle, vice-président de l'Union des prestataires de santé à domicile indépendants (Upsadi), plaide pour que cet enjeu majeur devienne un sujet central de la campagne.

La sécurité sanitaire, une fonction régalienne

Si les prétendants à la présidence de la République ont tous à la bouche le terme de « sécurité », il serait bon qu'ils envisagent de l'aborder également sous son aspect sanitaire. Fonction régalienne, elle engage la confiance dans l'État, la dignité des personnes et la capacité de notre modèle social à tenir ses promesses de solidarité. Chaque patient qui peut être soigné chez lui doit pouvoir l'être.

Il ne s'agit pas d'un confort accessoire. Si le rôle de l'hôpital doit également être sanctuarisé pour ce qu'il fait de plus irremplaçable, le domicile est souvent le lieu le plus adapté pour vivre et soigner sa pathologie. Être entouré de ses proches, demeurer dans un environnement connu, conserver ses repères, ses habitudes, parfois même simplement son lit, participe de la chaîne de soin.

Une chaîne de soins existante mais méconnue

Des infirmières et infirmiers libéraux assurent le suivi quotidien. Des médecins initient les prises en charge les plus lourdes. Les prestataires de santé à domicile facilitent l'équipement en dispositifs médicaux, accompagnent les patients et leurs familles, et font le lien entre l'hôpital, la ville et les soignants de terrain. Cette chaîne de soins existe déjà. Malheureusement, le rôle de coordination n'est pas clairement identifié par les pouvoirs publics, alors même qu'il est décisif.

Qui parle à l'hôpital ? Qui accompagne les infirmiers libéraux ? Qui veille à ce que le patient ne soit pas seulement équipé, mais réellement suivi ? Parce qu'il est présent au domicile et en contact avec l'ensemble de ces acteurs, le prestataire de santé à domicile a vocation à jouer un rôle central de coordination logistique et d'accompagnement. Encore faut-il lui en donner les moyens et la reconnaissance.

Un coût trois à quatre fois inférieur à l'hospitalisation

Développer les soins à domicile, c'est aussi éviter certaines hospitalisations, raccourcir les durées de séjour, et prévenir les réhospitalisations. C'est redonner à l'hôpital de l'air, tout en offrant au patient une prise en charge plus respectueuse de son quotidien. À l'évidence, cette orientation peut aussi représenter une source d'économies pour l'Assurance Maladie. Le coût d'une hospitalisation à domicile étant trois à quatre fois inférieur à une hospitalisation en établissement.

La santé à domicile doit enfin être pensée comme un levier de prévention. Avant de soigner le mal, il faut repérer les fragilités. Les professionnels qui entrent au domicile voient ce que les institutions ne peuvent percevoir : l'isolement, la perte d'autonomie, la fatigue des aidants, les difficultés concrètes du quotidien. Ils peuvent devenir des vigies utiles, à condition que leur rôle soit mieux intégré dans la politique de santé.

L'enjeu sanitaire du quinquennat à venir repose sur une question simple : voulons-nous conserver un système hospitalo-centré, contraint de répondre seul à toutes les crises, ou un système organisé autour du patient et de son lieu de vie ? Chaque patient a droit aux soins à domicile lorsque son état le permet. Cette ambition mérite mieux qu'une place secondaire dans les programmes. Elle constitue l'un des piliers d'une politique de santé moderne.