Santé mentale des pompiers : une psychologue pionnière dans l'Hérault face aux mégafeux
Santé mentale des pompiers : une psychologue pionnière dans l'Hérault

Depuis 2019, Coralie Coste est psychologue au sein du service de santé des pompiers de l'Hérault (Sdis 34), un poste qu'ils ne sont qu'une trentaine à occuper en France parmi les salariés territoriaux. Face à l'impact des mégafeux, elle met en place des techniques de premiers secours psychologiques pour renforcer la résilience des soldats du feu.

Une profession rare et essentielle

« Chez les sapeurs-pompiers volontaires, on compte 370 experts psychologues en France, mais on est encore peu de salariés territoriaux. Nous avons tous une formation sur les premiers secours psychologiques et la psychotraumatologie, ainsi que sur l'accompagnement et la détection de l'épuisement professionnel », explique Coralie Coste. Son rôle est d'autant plus crucial que les pompiers sont particulièrement exposés aux risques psychologiques : stress opérationnel, confrontation à la détresse humaine, horaires irréguliers.

La Sécurité civile a répertorié les situations à risque : interventions sur des enfants en urgence absolue ou décédés, auprès de proches, ou interventions de grande ampleur comme des inondations, des incendies ou des actes de terrorisme. « Tout cela déclenche du stress, de la tristesse et de la fatigue, et notre rôle est d'intervenir après ces situations-là », ajoute-t-elle.

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Les mégafeux, source de traumatismes et d'écodépression

Les feux de forêts actuels, amplifiés par le réchauffement climatique, peuvent générer des traumatismes durables. « On sait que plus ils vont rencontrer des interventions critiques, plus ce qu'ils pensent du monde et des gens peut changer, tout comme leurs émotions. En étant les premiers témoins de ces grands incendies et de ces destructions, ils peuvent être amenés à se dire que le monde n'est plus aussi juste que ce qu'ils pensaient. Cela peut amener une plus grande tristesse, une plus grande distance face aux autres, ce que l'on appelle une tristesse de compassion », précise la psychologue.

Cette situation peut évoluer vers une « écodépression » : « On perçoit le monde comme plus hostile, plus dangereux, on a plus d'anxiété et l'on peut aussi se dire : c'est fini, ça ne vaut plus le coup de se battre. Ce qui peut aussi se traduire par ''je n'ai plus envie de vivre dans mon village, parce que je sais que le feu peut arriver. » Le docteur Chapuis, du service de santé des pompiers, rappelle que « voir des paysages, des villages entiers détruits, des animaux mourir, cela met sous tension psychique, surtout en intradépartemental, où les pompiers défendent leur propre territoire ».

Des dispositifs de suivi et d'accompagnement

Dans l'Hérault, des dispositifs sont mis en place pour surveiller la santé mentale des pompiers. « On vient après les interventions, pour en vérifier l'impact, et on a des techniques de premier secours psychologique pour les accompagner vers une meilleure résilience », indique Coralie Coste. Lors des derniers renforts extérieurs, des camions ont dû activer leur autoprotection contre le feu, ce qui signifie que les pompiers ont pu craindre pour leur vie. « On va les appeler après, pour faire une check-list de leur état de santé mentale, leur donner des outils pour stabiliser leur stress, et les aider à comprendre ce qui va se passer dans les jours suivant un impact critique. Le cerveau va mettre un certain temps à digérer une menace, et ces réactions sont normales, après un événement anormal. On dort moins bien, on revoit des images. Si ces signaux ne diminuent pas en intensité et en fréquence, ils doivent nous rappeler, et on a des protocoles, avec des rappels jusqu'à trente jours, car on sait que des symptômes peuvent apparaître dans la durée. »

Une démarche pour renforcer la performance

La présence d'une psychologue est plus facile à accepter dans un univers professionnel qui valorise la force et le courage, où les aveux de faiblesse sont parfois difficiles. « Ils sont très forts en préparation physique, en techniques et en procédures, mais on leur explique aussi qu'on peut les rendre plus performants sur la préparation mentale avec des techniques d'optimisation de leur potentiel, sur le stress, le sommeil et la motivation. Et que ce n'est pas mal vu d'en parler, parce que cela peut les rendre plus forts », conclut Coralie Coste.

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