Premier cas d'Ebola en France : un médecin humanitaire rapatrié, pas de panique
Premier cas d'Ebola en France : un médecin humanitaire rapatrié

Le tout premier cas d'Ebola a été identifié en France ce mercredi 24 juin. Le patient, un médecin humanitaire, revenait de la République démocratique du Congo (RDC), foyer épidémique du virus, où il exerçait une mission. Pour Christophe Rapp, infectiologue à l'Hôpital américain de Paris, qui avait pris en charge les deux cas d'Ebola importés en 2014, il ne faut pas paniquer.

"Il ne faut pas s'inquiéter", tranche le professeur qui estime que le "scénario est très attendu". Si le risque est "élevé" pour les professionnels de santé humanitaires, la population générale européenne, quant à elle, n'a rien à craindre. Au contraire, la France serait même particulièrement bien préparée à affronter quelques cas supplémentaires.

Un cas attendu et bien géré

Christophe Rapp explique que ce cas est particulier puisque le médecin s'est lui-même conformé au protocole en se signalant et en étant accueilli à la sortie de l'avion par le SAMU pour être directement conduit dans une chambre à pression négative. "Là, il n'y a aucun risque. Le procédé a très bien fonctionné", souligne-t-il. Il aurait été beaucoup plus difficile d'identifier un patient déjà sur le territoire français présentant une fièvre au bout de quelques jours et se présentant en consultation.

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Jusqu'à présent, la France n'avait accueilli que deux cas rapatriés en 2014, pris en charge dans le service du Pr Rapp à l'hôpital militaire Bégin. Il s'agissait exclusivement de professionnels de santé. "C'est vraiment un scénario attendu. Quand il y a une épidémie de fièvre hémorragique virale africaine sur le terrain, les humanitaires vont aider. Et donc, le risque étant élevé pour les professionnels de santé, on s'expose à avoir pendant l'épidémie qui va durer encore quelques mois, quelques humanitaires français ou européens contaminés", précise-t-il.

Risque très faible pour la population générale

Interrogé sur le risque pour la population générale, Christophe Rapp répond : "À ce stade, en dehors des contacts de ce vol Kinshasa-Paris dont on n'a pas encore de nouvelles et qui vont devoir être surveillés pendant 21 jours [la durée d'incubation de la maladie], le risque de diffusion est considéré comme très faible, voire nul." Il rappelle que contrairement au Covid-19, Ebola n'est pas une maladie à transmission aérienne : il faut un contact avec les fluides du patient ou son cadavre.

Concernant les cinq passagers cas contacts, le ministère de la Santé n'a pas communiqué les données précises. Selon les protocoles Ebola établis depuis 2014 (dernière version 2022), les cas contacts s'isolent à la maison et sont surveillés quotidiennement par téléphone. On leur demande de prendre leur température et de surveiller leurs symptômes. En cas de symptômes, ils appellent le SAMU et sont hospitalisés dans un centre de référence spécialisé avec un transport protégé et médicalisé.

Une souche moins mortelle mais sans traitement spécifique

Le ministre congolais de la Santé a décrit la souche Bundibugyo, à l'origine de l'épidémie en RDC, comme ayant "un taux de létalité très important". Pour l'heure, il n'existe ni vaccin, ni traitement contre cette souche. Christophe Rapp précise qu'en zone épidémique, la létalité de cette souche est aux alentours de 25-26 %, ce qui est très élevé pour une maladie infectieuse, mais moins que la souche Zaïre (responsable de l'épidémie en 2014). Il note que la létalité sera réduite par la qualité des soins de support.

Contrairement à la souche Zaïre, il n'existe pas de traitement spécifique contre Bundibugyo, mais des études expérimentales doivent démarrer en RDC la semaine prochaine. Le patient hospitalisé à Paris pourrait recevoir des traitements expérimentaux, mais cela n'a pas été confirmé. "Ce qui est sûr, c'est qu'on a progressé dans la prise en charge de la maladie. Et, bien sûr, entre la République démocratique du Congo et les pays européens ou l'Amérique du Nord, les capacités de réanimation font que la létalité est plus faible", ajoute le Pr Rapp. À titre d'exemple, en 2014, parmi les 27 cas rapatriés dans les hôpitaux universitaires des pays riches, la mortalité était de 20 %.

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Charge virale faible et pronostic favorable

Le gouvernement a annoncé que "sa charge virale est très faible". Christophe Rapp explique que la charge virale est la quantité de virus dans le sang, un marqueur de risque de transmission et de pronostic. "Plus la charge virale est élevée, plus vous pouvez transmettre la maladie. C'est aussi un facteur pronostic individuel. Si la charge virale est très élevée, la maladie est plus grave. Le fait que la charge virale soit faible est plutôt un facteur de bon pronostic pour le patient. C'est un élément rassurant."

Protocoles stricts pour les soignants

Les professionnels de santé qui prennent en charge les patients infectés par Ebola travaillent dans des chambres d'isolement à pression négative, habillés comme des cosmonautes avec une étanchéité maximale. "Il faut limiter les soins, ne pas rentrer inutilement dans la chambre, travailler en binôme, se déshabiller en binôme avec des miroirs pour être sûr de ne pas toucher sa peau. C'est un procédé très technique : c'est 30 minutes d'habillage, 30 minutes de déshabillage", décrit le Pr Rapp.

Les contaminations surviennent souvent lors du déshabillage, par fatigue ou erreur technique. "L'une des situations les plus fréquentes c'est de s'infecter en touchant ses conjonctives pendant qu'on se déshabille", précise-t-il. Il insiste sur le caractère altruiste des soignants qui s'exposent à ce risque.

La France prête à faire face

Interrogé sur la préparation de la France face à une épidémie d'Ebola, Christophe Rapp est catégorique : "Le profil de la maladie fait que la notion d'épidémie n'est pas vraisemblable dans la mesure où l'on peut avoir quelques cas importés comme celui-là avec des cas secondaires si une infirmière fait une erreur technique au déshabillage." La France dispose de centres de référence dans tous les territoires, avec des équipes entraînées et des protocoles prêts. "Cette notion de 'on n'est pas prêt' n'est pas réaliste. On a des plans de préparation, des plans de riposte qui sont écrits et qu'il suffit de décliner. On a des moyens techniques et une capacité hospitalière qui est raisonnable par rapport au profil de la maladie à virus Ebola."

À l'échelle européenne, la France est au même niveau que l'Allemagne, tandis que le Royaume-Uni ne dispose que d'un seul grand centre. "C'est très différent en zone épidémique où le nombre de cas est très important et justifie la création de structures de soins spécialisées en urgence. Mais à l'échelle européenne, on est très bien", conclut le Pr Rapp.