Plongée: un Varois dénonce des calculateurs dangereux
Plongée: un Varois dénonce des calculateurs dangereux

Le nombre d'accidents de plongée est en hausse sur la façade méditerranéenne, et un Varois pointe du doigt les fabricants d'ordinateurs de plongée. Eric Frasquet, président du Syndicat national des moniteurs de plongée (SNMP), a alerté les autorités en décembre dernier sur des calculs de paliers potentiellement dangereux pour les plongées répétitives, une pratique connue pour être risquée depuis le milieu du XIXe siècle.

Une double expertise au service de la sécurité

Eric Frasquet, né à Pau mais Varois d'adoption, a dirigé pendant 22 ans le club de plongée Aventure bleue à Bormes-les-Mimosas. Avant cela, cet ancien électronicien a créé en 1995 la filiale française d'Uwatec, alors leader mondial des ordinateurs de plongée. Après le rachat par Scubapro, il est devenu directeur technique au siège européen à Antibes. Cette expérience unique lui a permis d'acquérir une connaissance approfondie de la décompression et de l'accidentologie.

Depuis trois ans, il préside le SNMP. C'est à ce titre qu'en décembre, il a écrit à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et au ministère des Sports, avec Thierry Doll, président de la Fédération nationale des entreprises d'activités physiques de loisirs. Leur courrier dénonce la responsabilité d'une quinzaine de fabricants d'ordinateurs qui se partagent le marché.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des produits en rupture avec les règles de prudence

Après avoir étudié les ordinateurs, les deux hommes ont dû admettre l'évidence : certains fabricants ont mis sur le marché des produits en totale rupture avec les règles de prudence les plus élémentaires, en particulier pour les plongées répétitives, c'est-à-dire celles qui surviennent dans les heures suivant une première immersion. « Or, la dangerosité de ces plongées répétitives est connue depuis le milieu du XIXe siècle », insiste Eric Frasquet.

Historiquement, ce sont des mineurs de charbon de Haute-Loire et du Nord qui ont mis en évidence le risque accru d'accidents lors des deuxièmes ou troisièmes expositions. En 1908, le physiologiste écossais John Scott Haldane, à la demande de la Royal Navy, a élaboré les premières tables de décompression. « Il a inventé une procédure additionnelle pour sécuriser les plongées répétitives mais il savait que son modèle marchait moins bien pour une deuxième exposition », précise l'électronicien borméen.

Des découvertes qui ont fait autorité

Après la Seconde Guerre mondiale, le Groupe de recherche sous-marine, dirigé par le commandant Philippe Tailliez, a été chargé de déminer les passes et les chenaux de la région. La procédure de Haldane étant trop contraignante, le jeune officier Jean Alinat a mis au point une méthode plus opérationnelle, reprise par l'US Navy en 1956, modifiée en 1965, puis validée par toutes les marines du monde.

Plus près de nous, le chercheur suisse Albert Bühlmann a créé les premières tables de décompression pour les plongées en altitude et a participé à l'élaboration des premiers ordinateurs de plongée de la marque Uwatec. Décédé en 1994, il a versé ses paramètres dans le domaine public. Or, selon Eric Frasquet, le modèle « pur » de Bühlmann serait à l'origine de l'erreur.

Des calculs qui minimisent les paliers

« Tous les fabricants prétendent utiliser le modèle pur de Bühlmann. Or, leurs ordinateurs ne majorent pas les plongées successives contrairement à ce que faisait Bühlmann lui-même », s'indigne Eric Frasquet. Il s'appuie sur les observations d'Alain Forêt, instructeur de plongée et président du comité technique de la Confédération mondiale des activités subaquatiques, qui a détecté en 2024 des différences de calcul entre son ordinateur et ceux de ses camarades.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Exemples à l'appui : « Pour une plongée de 30 minutes à 30 mètres, le temps de palier est normalement de 15 à 20 minutes lors de la première plongée et passe de 30 à 40 minutes lors de la deuxième. Or, sur les ordinateurs qui posent problème, les temps de palier sont divisés par deux pour la seconde plongée. » Pire encore, lors d'un test sur six plongées répétées de 16 minutes à 30 mètres, suivant un protocole défini par Albert Bühlmann lui-même, « le temps de palier de la sixième plongée est le même que celui de la première » (1).

Des fabricants qui ne répondent pas

Eric Frasquet et Thierry Doll ont interpellé par courrier certains fabricants, car « chaque marque a au moins un modèle qui pose problème ». Résultat : « Pour ceux qui ont daigné répondre, aucun n'a apporté de réponse satisfaisante. » Les moniteurs sont-ils au courant de cette anomalie ? « Non, pas forcément, la confusion est généralisée », regrette Eric Frasquet, tout en reconnaissant qu'il est « difficile de corréler un accident à l'usage d'un ordinateur ». Il reste convaincu que la baisse des accidents passera par une remise à plat des calculs de paliers. « Quand je parle avec des directeurs techniques de grandes marques, ils me prennent sûrement pour un abruti, mais ça ne change pas grand-chose au problème : ils vont continuer à envoyer des plongeurs au caisson ! »

La Marine nationale donne l'exemple

Un cas récent va dans le bon sens : depuis avril, la Marine nationale utilise son propre ordinateur, l'Orcom, développé par le Centre expert de la plongée humaine et d'intervention sous la mer (Cephismer) à Toulon et la société varoise Azoth Systems. Cet appareil prend en compte automatiquement les plongées successives, les plongées à effort et les remontées trop rapides. Mais pour influencer radicalement les fabricants, il faudra probablement respecter un long palier.

(1) Tous ces tests ont été publiés en ligne sur le site https://fr.deeplysafelabs.com