Tout le monde connaît la liste originelle : la vue, le toucher, le goût, l’ouïe et l’odorat. Cette certitude apprise sur les bancs d’école ne rend pourtant pas tout à fait justice à la complexité de nos sens. Des neurosciences aux travaux des physiologistes, la science montre depuis longtemps que nous percevons le monde bien au-delà de nos cinq sens. Alors, combien de sens comptons-nous vraiment ?
De cinq à neuf sens
L’idée que nous avons seulement cinq sens remonte à Aristote, qui les a classés ainsi au IVe siècle avant notre ère. Le philosophe grec distinguait les sens « externes », qui permettent d’appréhender l’environnement, et les sens « internes », que l’on oublie souvent. Mais le cerveau humain ne fonctionne pas en silos étanches, et chaque modalité sensorielle interagit avec les autres. Les sens oubliés que la science cite le plus souvent, et que notre corps utilise au quotidien, sont au nombre de quatre.
La proprioception
Fermez les yeux, levez la main droite. Vous savez où se trouve cette main, sans avoir besoin de la voir. C’est la capacité à percevoir la position de ses membres dans l’espace, à chaque instant, sans effort conscient.
La nociception
Ensuite, la nociception, ou le sens de la douleur. C’est un système sensoriel à part entière, avec ses récepteurs et ses voies nerveuses. Quand vous vous brûlez, ce n’est pas le toucher qui vous fait réagir, c’est la nociception.
La thermoception
Contrairement à la nociception, la thermoception ne signale pas la douleur mais le ressenti thermique. Chaud, froid ou tiède, ces informations sont captées par des récepteurs cutanés distincts de ceux du toucher.
L’équilibrioception
Enfin, l’équilibrioception. Ce sens loge dans votre oreille interne. Des petits canaux semi-circulaires remplis de liquide détectent les mouvements de la tête et du corps. C’est grâce à lui que vous marchez sans tomber, que vous vous levez sans basculer, et que vous pouvez tenir debout dans un train ou un métro, tout en utilisant votre téléphone. Nous voilà à neuf sens… Mais certains en identifient encore plus.
De neuf à trente-trois sens
Le psychologue et spécialiste de la perception multisensorielle à l’université d’Oxford Charles Spence va encore plus loin. Pour lui, le toucher mérite d’être découpé en plusieurs sens distincts : la pression, la vibration, la démangeaison… Ces sensations activent des récepteurs différents et des voies nerveuses séparées. Selon ces critères, la liste s’allonge encore plus, jusqu’à 22 voire 33 sens !
Si d’autres scientifiques tempèrent ce calcul qui peut paraître extravagant, il n’existe pas de consensus absolu sur le nombre exact de sens. En revanche, connaître les subtilités entre chaque sens permet de mieux comprendre le corps. En rééducation neurologique, le fait de travailler la proprioception après un AVC peut faire la différence pour retrouver son autonomie. En réalité virtuelle, la reproduction fidèle de l’équilibrioception reste l’un des défis techniques majeurs, et c’est souvent son absence qui provoque le « motion sickness », ce décalage entre ce que les yeux voient et ce que le corps ressent qui donne la nausée. La prochaine fois que vous vous tiendrez debout dans un métro bondé, téléphone en main, sans tomber, pensez-y : ce sont au minimum neuf sens au travail.



