Médecine esthétique : l'ère des excès d'acide hyaluronique est révolue
Finis les abus d'injections d'acide hyaluronique qui généraient des « têtes de poisson » ou des « visages d'oreiller » peu esthétiques. La médecine esthétique a considérablement évolué ces dernières années, avec une nette tendance vers plus de mesure et un retour au naturel.
Des demandes insistantes face à la résistance médicale
Face à la sexagénaire qui réclame des injections autour des lèvres, le médecin oppose désormais une fin de non-recevoir : « Non, Madame, ce n'est pas sérieux ». Pourtant, la patiente insiste, influencée par les réseaux sociaux et les magazines féminins qui présentent des photos avant-après séduisantes. Elle sait que l'acide hyaluronique est résorbable, et chaque fois qu'elle se regarde dans le miroir, le temps qui passe sur son visage la tourmente.
La quémandeuse, confrontée à la détermination du praticien, propose alors des alternatives : un peu de laser peut-être, ou ce nouveau traitement dont une amie lui a parlé. Elle repart souvent bredouille, son porte-monnaie intact, mais pourrait bien frapper à la porte d'un dermatologue moins regardant, voire d'une esthéticienne non formée qui pratique des injections à risques.
Les méfaits des excès cumulatifs
Le docteur Olivier Cogrel, dermatologue au CHU de Bordeaux, constate : « Il s'avère que globalement, nous avons abusé de l'acide hyaluronique avec des effets cumulatifs dont on s'est rendu compte avec le temps qu'ils étaient préjudiciables ». Ces excès ont conduit à des modifications d'apparence peu esthétiques, comme ces fameux « pillow faces » (visages d'oreiller) qui donnent l'impression d'un visage bouffi.
La tendance actuelle, illustrée par Pamela Anderson, consiste même à retirer l'accumulation d'acide hyaluronique à l'aide d'hyaluronidase, une enzyme capable de dissoudre cet acide injecté sous la peau. Cette substance sert d'antidote aux excès cumulatifs.
Biostimulation plutôt que comblement artificiel
Les tendances en médecine esthétique évoluent comme la mode. Si les femmes représentent toujours 80% de la clientèle, les hommes viennent désormais corriger leurs petits défauts ou modérer les effets du temps sur leur peau. Le docteur Cogrel observe également une clientèle de plus en plus jeune, venue pour la prévention du vieillissement.
Concernant les avancées, le spécialiste préconise désormais des produits créant une biostimulation du collagène : « Ils vont booster la production de collagène et n'ont plus l'effet comblement artificiel comme l'acide hyaluronique ». L'acide hyaluronique et le botox restent des outils de référence, mais on sait désormais qu'une ou deux injections suffisent.
Les médecins utilisent aussi maintenant l'acide polylactique et l'hydroxyapatite de calcium. Le but : avoir une action sur le vieillissement par biostimulation, ce qui aide à lutter contre la ptôse (affaissement) et redistribue les volumes de façon naturelle.
Nouvelles techniques et limites
Une autre tendance concerne les produits de comblement permettant d'éviter des interventions chirurgicales comme la rhinoplastie ou la génioplastie. « On traite beaucoup la mâchoire chez les hommes avec des produits de comblement pour éviter la féminisation du visage avec l'âge », explique le docteur Cogrel. Chez les femmes, on peut redessiner une mâchoire avec du botox et des produits non volumateurs.
Quant aux fils tenseurs promus sur internet, ils permettent de repositionner les tissus du visage sans chirurgie, mais « ça ne concerne que les personnes relativement jeunes avec un relâchement cutané modéré ». Les effets indésirables sont nombreux, les résultats positifs durent peu de temps et les risques d'incrustation existent.
Le docteur Cogrel conclut : « Nous sommes actuellement dans une phase où la médecine esthétique a appris à tempérer ses ambitions. On sait aujourd'hui qu'il faut doser, que la prévention est possible, et qu'il vaut parfois mieux refuser un soin exagéré ». Une philosophie du « moins mais mieux » qui marque un tournant dans cette spécialité médicale.



