À 24 ans, Lorina doit faire face à une épreuve décisive : elle est sur la liste d'attente pour une greffe du cœur. Atteinte d'une malformation des artères coronaires depuis la naissance, elle a déjà subi deux crises cardiaques et vit désormais au rythme des traitements et des précautions. « Aujourd'hui, j'essaie de faire le deuil de mon propre cœur », confie-t-elle, résignée mais déterminée.
Un diagnostic tardif après des années d'errance
Lorina a grandi avec la suspicion d'une malformation cardiaque. À un an et demi, elle fait une première alerte, mais ce n'est qu'à 15 ans qu'un cardiologue lui annonce que son cœur se développe normalement. Elle reprend alors une vie active, ponctuée de sport. Mais en 2022, une chute de trois mètres lors de la Ruée des Fadas la rend plus sédentaire. Elle remarque alors des essoufflements inhabituels : « Je me suis rendu compte que j'étais beaucoup plus essoufflée, même lorsque je parlais ou marchais. Je ne comprenais pas pourquoi. » Un nouveau cardiologue pose enfin le diagnostic : malformation des artères coronaires.
En 2025, alors qu'elle vit à Paris, sa situation se dégrade brutalement. Elle est victime de deux crises cardiaques. « Je rentrais de mon second travail. Je suis rentrée dans le métro et j'ai senti mon corps me lâcher. J'essayais d'expliquer aux aidants sur place, mes antécédents et mes problèmes cardiaques. En réalité, j'étais inconsciente. C'est mon subconscient qui m'a permis de rester en vie. » Les médecins lui posent quatre stents pour rouvrir ses artères.
Un quotidien sous haute surveillance
Depuis, la vie de Lorina est rythmée par les médicaments : bêtabloquant, diurétique, anticoagulant, qu'elle devra prendre à vie. Elle organise chaque détail de sa journée pour ménager son cœur. « Si j'ai un trajet avec des marches dans la journée, je vais toujours privilégier l'escalator ou l'ascenseur. Je fais aussi attention à ce que je mange. Je ne peux pas m'éloigner à plus de 1 000 kilomètres de Paris. »
Un boîtier relié à son doigt surveille en continu son rythme cardiaque et peut alerter les secours en cas de problème. « Mon cœur ne bat pas comme celui d'une personne normale. On est plutôt autour de 45, voire 40 battements par minute, alors que la moyenne est autour de 60. Il faut que je fasse tout le temps attention. »
La greffe : un espoir et une appréhension
La greffe du cœur devient nécessaire car la malformation de ses artères coronaires risque, à long terme, de fragiliser davantage son cœur. Cette perspective représente à la fois un espoir et une source d'angoisse. « Changer quelque chose qui a grandi en toi, c'est très compliqué. Puis il y a les six mois après l'opération, qui restent une période lourde, et trois ou quatre ans avant de retrouver une vie normale. »
Elle s'interroge aussi sur ses sentiments : « Est-ce que j'aimerai encore les personnes de mon entourage ? » Son cardiologue l'a rassurée : les sentiments appartiennent au cerveau, pas au cœur.
Un appel au don d'organes
Lorina profite de son témoignage pour rappeler l'importance du don d'organes. « J'aimerais faire passer le message sur la nécessité de donner ses organes. Un seul corps peut à lui seul sauver de six à dix vies. » Elle espère obtenir une greffe avant la fin de l'année et se projette déjà dans l'après : « faire un road trip en Asie ou encore vivre à l'étranger ».



