Un cabinet qui ressemble à un vestiaire de sport
Dès l'entrée dans le bureau du Dr Bertrand Sonnery-Cottet au Centre orthopédique Santy de Lyon, l'ambiance surprend immédiatement. Loin des décors médicaux conventionnels avec bibliothèques austères et diplômes encadrés, le spécialiste a choisi de recréer l'atmosphère vibrante d'un vestiaire sportif de haut niveau. Les murs sont tapissés de maillots dédicacés par d'anciens patients footballeurs professionnels, tandis que des casiers métalliques s'alignent le long de la pièce. Plus insolite encore, une série de lourds sacs de frappe en cuir pendent du plafond, prêts à être boxés entre deux consultations. C'est dans ce décor unique que le chirurgien de 57 ans accueille ses visiteurs, affichant un sourire manifestement satisfait de l'effet produit.
Le spécialiste des genoux des stars
Bertrand Sonnery-Cottet s'est imposé comme une référence internationale dans l'opération du ligament croisé, ce stabilisateur du genou que tant de sportifs professionnels et amateurs se rompent régulièrement. Le Centre orthopédique Santy où il exerce a d'ailleurs reçu le prestigieux label de « centre médical d'excellence » décerné par la Fédération française de football et la FIFA. Sa réputation est telle que les plus grandes stars du football n'hésitent pas à traverser les frontières pour le consulter. La légende du PSG Zlatan Ibrahimovic s'est ainsi rendue à Lyon en 2022, tandis que Kylian Mbappé, alors en pleine polémique sur son état physique, a sollicité son expertise en mars dernier. Le verdict du spécialiste fut sans appel : tout allait bien pour l'attaquant du Real Madrid.
Une clientèle bien au-delà du football
Mais l'expertise du Dr Sonnery-Cottet ne se limite pas aux as du ballon rond. Le snowboarder Pierre Vaultier en fait la douloureuse expérience en décembre 2013 lorsqu'il se pulvérise le genou sur les pistes. Opéré par le chirurgien lyonnais, il décroche à peine deux mois plus tard la médaille d'or aux Jeux olympiques de Sotchi en février 2014. Une victoire que le médecin savoure comme sienne, s'exclamant : « C'était un truc de fou ! » Ces succès s'inscrivent dans un contexte d'augmentation préoccupante des ruptures du ligament croisé en Europe et dans le monde, reflétant l'engouement grandissant pour les sports de glisse et extrêmes. En France, environ 50 000 opérations de ce type sont réalisées chaque année.
La question cruciale à poser à son chirurgien
« La première question que vous devriez poser à votre chirurgien, c'est : combien faites-vous de genoux par an ? », lance Bertrand Sonnery-Cottet avec franchise. Lui-même affiche un palmarès impressionnant de plus de 11 000 opérations du ligament croisé depuis ses débuts, avec une moyenne de 500 interventions annuelles ces dernières années. Pourtant, comme dans le sport, l'entraînement intensif ne suffit pas sans une technique éprouvée. Si l'intervention sur le ligament croisé est devenue courante, le taux d'échec reste alarmant chez les jeunes adultes, avec jusqu'à 20 % de re-ruptures lors de la reprise d'activité physique selon les données internationales.
La technique américaine versus l'approche française
Aux États-Unis, la méthode de référence consiste à reconstruire le ligament en prélevant une partie du tendon rotulien situé à l'avant du genou. En France, les chirurgiens privilégient majoritairement l'utilisation des tendons ischio-jambiers, situés à l'arrière de la cuisse. Mais Bertrand Sonnery-Cottet va plus loin en associant systématiquement à cette technique une procédure supplémentaire révolutionnaire : l'ajout d'une « petite bretelle », c'est-à-dire la reconstruction d'un ligament situé sur la face externe du genou.
La renaissance d'une technique oubliée
Le chirurgien lyonnais n'est pas l'inventeur de ce concept. La technique, imaginée par le Français Marcel Lemaire en 1967, avait connu un certain succès avant de tomber en désuétude à la fin des années 1980 avec l'avènement de l'arthroscopie. Jugée trop complexe et accusée de raidir les genoux, la bretelle avait quasiment disparu des blocs opératoires. La donne change en 2013 lorsque le chercheur belge Steven Claes met en évidence l'existence anatomique d'un ligament largement oublié dans le genou : le ligament antéro-latéral (LAL). Ce dernier, qui forme naturellement une petite « bretelle » sur le côté du genou, réduit automatiquement la charge mécanique qui pèse sur le ligament croisé antérieur.
Une innovation lyonnaise
Intrigué par cette découverte, Sonnery-Cottet décide de reprendre l'idée de Lemaire pour réparer plus solidement les articulations blessées. Il met au point une reconstruction anatomique combinée (ligaments croisés + LAL), réalisée avec de minuscules incisions en prélevant les tendons ischio-jambiers. La « nouvelle petite bretelle » est née, et le chirurgien l'applique désormais à l'ensemble de ses patients. Restait à démontrer scientifiquement la supériorité de sa méthode, ce qu'il accomplira de manière éclatante en 2026.
Une validation scientifique dans le Lancet
En 2026, le Dr Sonnery-Cottet frappe fort en signant, avec plusieurs confrères dont Jean-Marie Fayard et Mathieu Thaunat, une publication majeure dans le Lancet Regional Health. Pour évaluer l'efficacité de sa technique, les spécialistes ont mené un vaste essai clinique sur 593 jeunes sportifs, suivis sur une période de cinq ans après leur opération. L'équipe a déployé des efforts exceptionnels pour maintenir le suivi, n'hésitant pas à traquer les exploits des patients sur les réseaux sociaux lorsque nécessaire, obtenant ainsi un taux de suivi remarquable de 94 %.
Des résultats spectaculaires
Les conclusions de l'étude sont sans appel : la méthode de la « bretelle » divise par trois le risque d'échec par rapport à la technique américaine. Le taux de rupture de greffe s'effondre à 4,2 % avec la bretelle lyonnaise, contre 10,3 % pour le standard américain du tendon rotulien. L'écart est encore plus impressionnant chez les jeunes de moins de 25 ans, population particulièrement à risque : le taux d'échec passe de 16 % avec la méthode classique à seulement 5 % avec l'approche lyonnaise. « Sur le plan biomécanique, la reconstruction du ligament antérolatéral permet de mieux répartir les contraintes, la “bretelle” absorbant près de 70 % de la charge, protégeant ainsi la greffe centrale », explique Bertrand Sonnery-Cottet.
Mieux que la nature ?
Les chercheurs ont également mesuré le taux naturel de rupture du ligament sur l'articulation non opérée de tous les patients inclus dans l'étude après la reprise de leur activité sportive. Environ 10 % d'entre eux ont subi une nouvelle rupture sur leur genou sain. Le chirurgien ne cache pas sa satisfaction : « Sur le côté opéré avec la bretelle, on a 4 %. Donc, on peut presque dire qu'on est meilleur que la nature », tranche-t-il avec assurance. Au-delà de la diminution des ruptures, la technique combinée fait également chuter le taux global de réintervention de 23 à 7 %, en réduisant drastiquement les complications chirurgicales comme le syndrome du cyclope ou les méniscectomies secondaires.
Vingt minutes chrono pour une opération
La démonstration a lieu le lendemain matin dans les blocs opératoires. Deux salles mitoyennes, une salle préparatoire commune et des patients anesthésiés qui entrent et sortent sans interruption pendant plus de sept heures. Son intervention terminée sur un footballeur professionnel présentant une rupture complexe, Bertrand Sonnery-Cottet passe par le sas, se désinfecte, change de vêtements et enchaîne directement avec une patiente de 58 ans souffrant d'un ménisque luxé. Puis il se penche sur l'articulation d'une jeune danseuse dont la pratique intensive a eu raison des ligaments.
Un ballet de gestes précis
Dans un ballet de mouvements d'une précision chirurgicale, le praticien récupère les tendons ischio-jambiers de la danseuse. Avec ce greffon qu'il replie plusieurs fois sur lui-même pour lui donner la dimension optimale, il réalise un « aller-retour » avec de minuscules incisions dans le genou, reconstruisant simultanément le ligament croisé et sa fameuse petite « bretelle ». L'ensemble de l'intervention ne dure que vingt minutes chrono ! Tout en passant du scalpel à une minutieuse chignole, le senior rappelle sur un ton incisif à deux élèves présents à ses côtés – un chirurgien orthopédique italien et un américain – qu'ils feraient « mieux d'utiliser un peu plus le cerveau que la force pour fixer les greffes de ligaments au bon endroit ».
Une relation de confiance avec Zlatan
Provocateur, Bertrand Sonnery-Cottet n'est pas là pour se faire des amis, mais cela lui arrive parfois. Comme en 2022 avec le footballeur Zlatan Ibrahimovic, célèbre pour ses aphorismes d'anthologie dont le fameux : « Je suis arrivé comme un roi, je pars comme une légende ». La rencontre entre le chirurgien lyonnais et la star suédoise blessée aurait pu se résumer à la collision de deux ego surdimensionnés. Il n'en fut rien. Opéré et parfaitement rétabli, l'ex-buteur devenu entraîneur a développé une telle confiance en son chirurgien qu'il n'hésite pas à le solliciter directement pour valider le recrutement de futurs joueurs. « Pas besoin de ballon d'or pour savoir que je suis le meilleur » estimait Zlatan en 2013. « Pas mieux » pourrait aujourd'hui lui répondre son médecin, dont la technique révolutionnaire redonne espoir à des milliers de sportifs aux genoux fragilisés.



