Hôpitaux d'Occitanie mobilisés pour l'Ukraine : coopération médicale
Hôpitaux d'Occitanie : coopération médicale avec l'Ukraine

Depuis le début de la guerre en Ukraine, une coopération discrète mais essentielle s'organise entre des hôpitaux d'Occitanie et leurs homologues ukrainiens. En mai dernier, une délégation de soignants de l'hôpital régional de Dnipro a été accueillie pendant une semaine au CHU de Montpellier, tandis qu'une délégation du CHU de Nîmes se rendait à Tchernihiv. Ces échanges, pilotés par le programme Santé en Ukraine de l'agence interministérielle Expertise France, portent sur des besoins urgents : amputations, traumatismes de guerre, infections récalcitrantes et gestion du stress post-traumatique.

Le CHU de Montpellier en pointe sur l'antibiorésistance

Au CHU de Montpellier, le Dr Anke Bourgeois, praticienne hospitalière au département des maladies infectieuses, coordonne la collaboration avec l'Ukraine sur la lutte contre l'antibiorésistance et le contrôle des infections. « La problématique des infections dans un contexte de guerre est fortement soumise à l'afflux de blessés opérés en amont, parfois sur le front. Il y a des mesures de prévention à prendre pour réduire les risques d'infection », explique-t-elle. Les conseils portent notamment sur le choix des antibiotiques les plus adaptés. « On peut partir sur des bases générales, et s'adapter ensemble au cas par cas sur des situations difficiles. On reste à leur disposition. C'est plus simple de travailler ensemble lorsqu'on se connaît », ajoute le Dr Bourgeois. La délégation ukrainienne de Dnipro, un hôpital proche du front, a visité la pharmacie, le centre d'appels pour avis en infectiologie et le laboratoire de bactériologie.

Psychotraumatisme à Tchernihiv : « J'ai autant appris sur le plan personnel que professionnel »

Aurélie Schandrin, cheffe du pôle de psychiatrie du CHU de Nîmes, a conduit une équipe d'urgentistes, psychologues, neuropsychologue et infirmier à l'hôpital régional de psycho-neurologie de Tchernihiv. « On a beaucoup discuté avec les soignants, des professionnels extrêmement engagés et dévoués qui travaillent avec le sourire dans des conditions difficiles, ils sont mal payés, n'ont pas accès à tous les traitements. On a aussi pu rencontrer des patients passés par le front, qui ont été exposés à la mort de leurs "frères", comme ils les appellent. Ils en sont revenus avec des traumatismes, un état d'alerte permanent à chaque bruit », témoigne-t-elle. La région de Tchernihiv, un temps occupée par les Russes, a été reprise. L'hôpital, en périphérie de la ville, a été bombardé, a dû fermer temporairement, et a investi le sous-sol pour continuer à travailler, avec deux nouvelles unités. Pour des raisons de sécurité, l'équipe logeait à Kiev et roulait deux heures pour rejoindre Tchernihiv. « Quand l'appel à projets a été lancé, nous venions d'ouvrir le centre régional de psychotraumatisme du Gard, on s'est dit que ce serait bien de proposer notre aide dans le domaine de la psychiatrie et du traitement du stress post-traumatique », précise le médecin. Elle ajoute : « J'ai autant appris sur le plan personnel et humain que professionnel. Je n'avais pas d'expérience d'un terrain de guerre, j'ai parfois oublié mon "armure" de "pro" en France. On est tous revenus un peu différents. » Place Maïdan, elle a été « envahie par l'émotion devant les photos de ces hommes souvent jeunes, qui sourient, et qui sont morts au combat ».

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Prise en charge des amputés : le CHU de Nîmes, centre expert

Le Dr Eric Pantera, médecin en médecine physique et de réadaptation au CHU de Nîmes, travaille avec ses confrères de Rivne sur la prise en charge des amputés. Le CHU de Nîmes est l'un des cinq centres experts en France sur ce sujet. « Une équipe ukrainienne de médecins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, est venue passer une semaine avec nous. Depuis, j'ai fait deux séminaires d'enseignement à distance sur l'appareillage des personnes amputées, et proposé d'autres interventions. La prochaine étape sera d'aller en Ukraine », espère le Dr Pantera, « plutôt rassuré par l'équipement » de ses confrères, malgré la guerre. Il est épaté par leur professionnalisme : « On ne les a pas trouvés traumatisés. Ils sont concentrés sur la nécessité d'avancer coûte que coûte. » Son expérience d'enseignant à l'école du Val-de-Grâce de l'armée et ses missions à Haïti et avec le comité international de la Croix-Rouge s'avèrent précieuses.

Des échanges discrets mais concrets

Ces programmes de soutien, pilotés par Expertise France Ukraine, reposent essentiellement sur des échanges de bonnes pratiques entre professionnels de santé. Ils ont aussi amené récemment des blessés du front à suivre leur programme de rééducation dans un établissement de soins de suite anonyme. À la rentrée, une délégation ukrainienne viendra à Nîmes. « On utilise beaucoup la kétamine au CHU de Nîmes, ils ne maîtrisent pas le produit. Ils ont la tête dans le guidon, on a peut-être des outils individuels et de groupe sur le psychotraumatisme qui peuvent leur être utiles », liste Aurélie Schandrin. La coopération se poursuit, discrète mais indispensable.