Le professeur Hervé Fleury, docteur honoraire en virologie médicale et ancien chef du laboratoire de virologie du CHU de Bordeaux, a ressorti ses carnets de notes en entendant le mot « hantavirus ». Chercheur infatigable, il a exploré ses archives et les données scientifiques sur le sujet. Il connaît bien ce virus : « J'ai donné des cours sur ce virus particulier à mes étudiants il y a plus de vingt ans », confie-t-il. Alors que le navire de croisière « Hondius » attend l'autorisation de l'Espagne pour accoster, les 147 passagers et membres d'équipage sont en quarantaine, contraints de dériver sur l'océan dans une atmosphère angoissante.
Origine de l'hantavirus et particularité de la souche
Dans les années 1950, pendant la guerre de Corée, des soldats américains ont développé une fièvre hémorragique avec insuffisance rénale, appelée FHSR. Le virus responsable n'a été isolé qu'en 1978 et nommé « Hantaan », d'après une rivière de Corée du Sud. Son réservoir principal est le mulot, un rongeur. La contamination humaine se produit par inhalation d'aérosols issus de l'urine des rongeurs, lors de déplacements au sol ou dans des fourrés. Ce virus est toujours présent en Asie, dans l'Est de la France, en Europe et en Scandinavie. Cependant, l'hantavirus qui touche le navire reliant Ushuaia en Argentine à l'archipel du Cap-Vert est plus préoccupant.
Une forme plus dangereuse : le syndrome pulmonaire à hantavirus
Au début des années 1990, un jeune Indien a été admis dans un hôpital du Nouveau-Mexique avec une pneumonie non identifiée. Il est décédé en réanimation, et d'autres cas ont été signalés dans quatre États du sud des États-Unis. Un fragment de poumon de la victime a été envoyé au laboratoire P4 d'Atlanta, où le diagnostic d'hantavirus a été posé. La maladie, appelée « syndrome pulmonaire à hantavirus » (SNV), est plus létale que le FHSR. Le virus est toujours présent en Argentine et aux États-Unis : la femme de l'acteur Gene Hackman aurait succombé à une infection pulmonaire à hantavirus après avoir nettoyé son grenier. Entre 1993 et 2017, 730 cas ont été identifiés aux États-Unis.
Un taux de létalité élevé et l'absence de traitement
Avec un taux de létalité de 40 %, la situation à bord du navire est alarmante. Il n'existe aucun traitement spécifique, et la maladie évolue rapidement, nécessitant une admission en réanimation. La transmission interhumaine est possible, bien que rare, et l'OMS soupçonne une transmission à bord du navire.
Hypothèses sur l'origine de la contamination
Deux scénarios sont envisagés : soit des rongeurs infectés par la souche « Andes » de l'hantavirus ont embarqué en Argentine, où le virus est présent depuis vingt ans, soit le couple de Néerlandais décédé était déjà infecté avant de monter à bord.



