Invitée sur le plateau de Laurent Delahousse dimanche, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé prendre des mesures « très strictes » face au risque lié à l’hantavirus. « Nous prenons les mesures les plus strictes de la zone européenne », a-t-elle déclaré.
Les cinq croisiéristes hospitalisés
Les cinq Français ayant séjourné à bord du MV Hondius, où un foyer d’hantavirus a été détecté, sont actuellement hospitalisés à l’hôpital Bichat, à Paris. L’une d’entre elles a présenté des symptômes avant d’être testée positive. Isolés dans des chambres adaptées, « avec des flux d’air qui permettent d’éviter la contamination », ces croisiéristes sont suivis par des professionnels de santé « formés à prendre en charge des malades contagieux », a précisé la ministre.
Des mesures de précaution
Dans un décret publié dans la nuit de dimanche à lundi, le gouvernement explique qu’à l’issue d’une évaluation médicale et épidémiologique, les cinq Français seront « maintenus en quarantaine ou placées à l’isolement, pour une durée totale de 42 jours ». « En moyenne, la durée d’incubation du virus est d’une quinzaine de jours mais elle peut exceptionnellement atteindre six semaines », explique Emmanuel Piednoir, infectiologue à l’hôpital de Granville et professeur associé en maladies infectieuses à l’Université de Caen. « Il s’agit donc d’une mesure de précaution. »
Si le gouvernement avait d’abord évoqué la possibilité d’un isolement à domicile, la ministre a fait savoir lundi que les cinq croisiéristes resteront à l’hôpital « jusqu’à nouvel ordre », pour au moins 15 jours. Si la transmission de l’hantavirus entre humains est rare, elle n’est pas nulle. « Pour l’instant, la maladie n’est pas à haut potentiel épidémique mais il s’agit d’une maladie très grave, 30 % des personnes contaminées en meurent », rappelle l’infectiologue.
Un isolement à domicile qui pose question
Au-delà des cinq patients hospitalisés, 22 Français sont considérés comme cas contact après avoir croisé, à bord de deux avions, une croisiériste néerlandaise décédée par la suite à Johannesburg. Selon le décret, ces passagers doivent observer une quarantaine à domicile dans l’attente d’une évaluation de leur risque d’infection réalisée dans les trois jours suivant leur signalement.
« La question du respect de l’isolement à domicile se pose car la durée est très longue et pour qu’il soit efficace, il faut aussi respecter les gestes barrières, aérer, porter un masque, rappelle le professeur Piednoir. Mais depuis l’affaire du sang contaminé, la France applique un principe de précaution très strict en matière de santé publique, même si certains jugent ces mesures excessives. »
Une amende en cas de non-isolement
Les huit Français qui ont voyagé sur le vol Sainte-Hélène-Johannesburg « ont été mis à l’isolement rapidement », a assuré Stéphanie Rist lundi. Selon le ministère, ils ont été testés et étaient négatifs. Les quatorze autres « ont reçu l’information » et les autorités leur demandent de se signaler afin de renforcer leur isolement. Pour Emmanuel Piednoir, ces premiers résultats sont rassurants. « Pour se transmettre entre humains, il faut un contact rapproché et assez prolongé donc si les passagers du vol sont tous négatifs, c’est rassurant. Cela veut dire que le virus n’est pas si épidémique que cela. »
Devront aussi se mettre en quarantaine ou à l’isolement si elles « présentent un risque sérieux d’infection » les personnes ayant été en contact avec un croisiériste du MV Hondius, avec une personne ayant été infectée ou présentant un risque sérieux d’infection. Les mesures à prendre dépendront de leur niveau d’exposition, notamment de la durée et du type de contact.
« Il vaut mieux en faire trop que pas assez »
« La décision française est la bonne, estime le professeur Piednoir. Le temps que les laboratoires puissent travailler sur le virus afin de mieux le connaître, il vaut mieux en faire trop que pas assez. On a un principe de précaution en France qui est très bien, même si j’ai conscience que pour les 22 personnes en quarantaine pendant 42 jours, ça ne doit pas être rigolo. » En cas de non-respect de l’isolement, la loi prévoit une amende et en cas de verbalisation à plus de trois reprises dans un délai de 30 jours, jusqu’à six mois d’emprisonnement et 3.750 euros d’amende.
Le problème ne se posera pas aux États-Unis, sorti récemment de l’Organisation mondiale de la santé. Les passagers américains asymptomatiques ne seront pas nécessairement placés en quarantaine, d’après le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).



