L’affaire de l’influenceur algérien Boualem Naman, connu sous le pseudo « Doualemn », a connu un nouveau rebondissement ce lundi 11 mai devant la cour d’appel de Montpellier. Ce Montpelliérain de 60 ans, agent d’entretien et père de famille, est rejugé pour avoir incité à la violence sur TikTok contre un opposant au régime algérien. Le parquet général a requis une peine de cinq mois de prison avec sursis, identique à celle prononcée en première instance. La décision sera rendue le 2 juillet.
Des vidéos polémiques sur TikTok
Boualem Naman, qui compte 138 000 abonnés sur TikTok, y publiait des « lives » consacrés au football et à l’Algérie. En janvier 2025, des extraits de ses vidéos ont été compilés et transmis à la mairie de Montpellier, déclenchant une enquête. Sur ces images, il interpelle « le peuple algérien » et prend à partie un opposant au président Abdelmadjid Tebboune, qu’il accuse d’appeler à manifester. Il lance : « donnez à ce type la guetla », expression traduite par « sévère correction ». Aujourd’hui, il ne conteste plus cette traduction mais minimise la portée de ses propos. « Quand j’étais petit et que je faisais une connerie, ma mère me disait : tu vas prendre une guetla. Pour moi, c’était une petite correction », se défend-il. Il explique avoir eu peur pour l’Algérie, craignant que les manifestants ne brûlent des magasins, lui qui a perdu des membres de sa famille pendant la « décennie noire ».
« Je n’ai pas pensé aux conséquences »
À la barre, le prévenu a reconnu : « Je n’ai pas pensé aux conséquences ». Le président de la cour d’appel lui a rappelé qu’avec 138 000 suiveurs, son influence était considérable. L’avocat général, en requérant cinq mois avec sursis, a souligné que des personnes fragiles pouvaient prendre au pied de la lettre l’appel à « donner une sévère correction » et que la cible était un opposant politique. La défense, menée par Me Vanessa Edberg, a plaidé la relaxe, estimant qu’il n’y avait pas d’intentionnalité délictuelle. Elle a également dénoncé les moyens disproportionnés employés dans cette affaire : une quarantaine de policiers pour l’arrestation, des perquisitions chez ses proches, et un jet privé pour tenter de l’expulser vers l’Algérie, qui a refusé de l’accueillir. « Il a été instrumentalisé », a-t-elle affirmé, ajoutant que Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, s’était « pris les pieds dans le tapis » avec quatre arrêtés d’expulsion annulés par la justice administrative.
Un homme qui a « tout perdu »
Boualem Naman, qui vit en France depuis 40 ans, s’est dit désemparé : « Depuis 16 mois, j’ai tout perdu : mon travail, mon titre de séjour, et je ne peux pas rentrer chez moi ». Assigné à résidence chez sa fille, il est suivi en hôpital psychiatrique. Il a promis à la cour d’avoir arrêté les réseaux sociaux : « J’ai 60 ans, ce n’est pas pour moi ». En attendant le jugement du 2 juillet, il fait face à deux procédures devant le tribunal administratif de Paris concernant son titre de séjour et l’arrêté d’expulsion.



