Le docteur Thibault Lalu, chef du service de neurologie de l’hôpital de Béziers, tire la sonnette d’alarme face à l’afflux de jeunes patients souffrant de complications graves liées à une consommation excessive de protoxyde d’azote, également connu sous le nom de gaz hilarant ou proto. Selon lui, son service ne représente que le « sommet de l’iceberg » de ce fléau.
Un nombre croissant de jeunes patients
Depuis quelques années, le service de neurologie de Béziers accueille entre 10 et 15 patients par an, âgés de 20 à 25 ans, avec une prépondérance masculine. « Ils arrivent par les urgences, avec, entre autres, de graves problèmes de locomotion. Les autres, les moins atteints, on ne le voit pas… », explique le docteur Lalu. Ce gaz incolore (N2O), utilisé en médecine pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques, est également employé comme gaz de pressurisation dans les cartouches pour siphon à chantilly ou les aérosols d’air sec. Mais il est détourné par certains adolescents, jeunes et étudiants, qui l’inhalent via un ballon de baudruche lors de soirées dites « ballons ».
Un effet euphorisant mais des risques graves
Le produit, bon marché par rapport à d’autres stupéfiants, procure un effet rapide, fugace, euphorisant et des distorsions sensorielles. Cependant, comme toute drogue, il entraîne une dépendance. En cas de consommation excessive, les complications neurologiques sont sévères. « Ce type d’usage s’est amplifié depuis 2017, indique le docteur Lalu. L’effet toxique est connu depuis la fin des années 90. En général, ce public a d’autres consommations comme l’alcool et le cannabis, pas de drogue dure mais une poly consommation. »
Des lésions irréversibles de la moelle épinière
À l’hôpital, le tableau médical est inquiétant : « Complications neurologiques avec atteintes de la moelle épinière et des neuropathies (les nerfs périphériques touchés), d’où des troubles sensitifs de l’équilibre et des déficits moteurs, parfois sévères ; des troubles psychiatriques, des psychoses comme des bouffées délirantes ; des problèmes vasculaires (thromboses veineuses, embolies pulmonaires…) ou des thromboses artérielles de type AVC. » La plupart de ces jeunes souffrent également de grandes douleurs.
Prise en charge et sevrage
Les patients requièrent un sevrage, difficile car ils sont souvent confrontés à plusieurs addictions. Ils sont pris en charge par les équipes d’addictologie. Le protoxyde d’azote inactive la vitamine B12, essentielle au bon fonctionnement des nerfs et de la moelle épinière. Cette inactivation provoque aussi une augmentation de l’homocystéine, favorisant les problèmes vasculaires. Outre le sevrage, les soins consistent à supplémenter les patients en vitamine B12. Tous finiront au centre de rééducation de Lamalou.
Des séquelles à vie possibles
« Aujourd’hui, les publications sur le sujet sont nombreuses. Mais sachez que les complications peuvent ne pas être réversibles, certains gardent des séquelles à vie », prévient le docteur Lalu. Il recommande de consulter dès l’apparition de troubles sensitifs comme des fourmillements aux pieds et aux mains, des difficultés à la marche ou des troubles de l’équilibre.



