Emmanuel Vigneron : "Il faut se donner les moyens d'agir" pour les déserts médicaux
Emmanuel Vigneron : "Il faut se donner les moyens d'agir"

Emmanuel Vigneron, géographe de la santé et membre de l'Académie de médecine, vit à Bréau-Mars, dans le Pays Viganais. En décembre dernier, il est devenu membre de l'Académie de médecine. Le 4 février prochain, l'Académie de médecine et la conférence des doyennes et doyens des facultés de médecine organisent un colloque sur l'accès aux soins.

Une question ancienne

Pour Emmanuel Vigneron, la question des déserts médicaux en ruralité est ancienne. « Cela a toujours existé », affirme-t-il. À la fin du XVIe siècle, l'agronome Olivier de Serres dispensait des conseils pour les endroits où il n'y avait pas d'apothicaires. Un siècle plus tard, en 1893, la direction de l'hygiène et de l'assistance publique, un embryon de ministère de la santé, est créée. Henri Monod écrit un rapport sur l'assistance médicale dans les campagnes. En 1900, on comptait 12 000 médecins en France. En 2025, il y en a 235 000, alors que la population n'a pas été multipliée par vingt.

Le terme de « désert » médical est excessif, mais Vigneron l'accepte si nos concitoyens le nomment ainsi. La première explication de ces déserts médicaux réside dans les vastes mouvements de population qui ont vidé les campagnes et les petites villes. La médecine a également évolué : elle s'est mise à soigner, a enregistré des prouesses et le patient a pris l'habitude de préférer le médecin aux tisanes et aux rebouteux. Cette demande de soins a explosé en ville, et les médecins s'y sont installés. Les campagnes en périphérie des villes, comme Lyon ou Montpellier, ont vu les médecins partir, car la demande en ville était plus forte et plus solvable.

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Évolution démographique et médicale

Le XXe siècle a vu l'apparition de la Sécurité sociale et, avant cela, des antibiotiques qui ont permis de juguler la mortalité infantile. Le Gard était très concerné avec des problèmes d'alimentation en eau : en 1950, la mortalité infantile était de 150 pour 1 000, elle est aujourd'hui de 3,3 pour 1 000. Il y a eu du paludisme en Camargue jusque dans les années 1960. L'allongement de la vie et le retour de retraités à la campagne, qui apportent des habitudes de consommation de soins acquises en ville, sont des raisons supplémentaires.

Les patients sont aussi plus exigeants. L'individu n'apparaît plus comme une succession d'organes : son état de santé est déterminé par des caractéristiques qui lui sont propres, comme son passé culturel, génétique et ses conditions de vie. Face à cela, le nombre de médecins a été réduit chaque année. Après 1968, on en a formés jusqu'à 15 000 par an. Puis en 1993 et dans les années suivantes, on a atteint le minimum de 3 500 par an. Par la suite, on a remonté progressivement pour atteindre 12 000 en 2025, mais cela reste insuffisant pour répondre aux besoins.

Des solutions à envisager

Qu'avons-nous fait depuis ? On a inventé des dispositifs, des aides à l'installation qui n'ont pas porté leurs fruits, créé des Maisons de santé, des maisons France Santé, qui sont un peu des villages Potemkine. Supprimer le numerus clausus pour former plus de médecins est bien, mais c'est bon pour dans dix ans. « On a tous le temps de mourir dix fois », ironise Vigneron.

Quelles solutions alors ? Nous pouvons faire en sorte que l'accès aux soins soit mieux organisé. Détecter de façon précoce dans la population les problèmes à venir. La Norvège, l'Australie et d'autres pays où la population est dispersée ont un corps d'assistants territoriaux de santé. Un assistant territorial avec son réseau va aider la mamie de 90 ans qui vit au bout du Larzac et ne s'en sort pas avec internet à obtenir un rendez-vous de spécialiste, pour libérer le médecin généraliste de tout cela. Il faut aussi des systèmes d'urgence de qualité et qu'on puisse circuler vite et bien quand il y a urgence. Tout ce travail d'organisation, de micro-aménagement du territoire, relève de la puissance publique, sans culpabiliser les gens et pour une efficacité de la gradation des soins.

« Maintenant, il faut sortir du constat et se donner les moyens d'agir », conclut Emmanuel Vigneron.

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