Alors que la Fédération nationale des médecins radiologues appelle à une grève le 10 novembre, le Dr Patrick Souteyrand, radiologue à Montpellier, exprime son indignation face aux mesures d'économies annoncées dans le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026. Selon lui, ces décisions prises à Paris sont déconnectées des réalités du terrain et risquent de dégrader la qualité des soins.
Une circulaire aux conséquences lourdes
Le 14 octobre, le directeur de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) a publié une circulaire visant à réduire la rémunération de certains actes d'imagerie médicale. Parmi les mesures phares, la suppression de la facturation d'un troisième acte lors d'une même visite. Cette disposition pénalisera particulièrement les patients vivant loin d'un centre d'imagerie, qui profitaient de leur déplacement pour réaliser plusieurs examens prescrits par leur médecin traitant. Le Dr Souteyrand donne l'exemple d'une femme venant pour un dépistage du cancer du sein et souhaitant également faire une échographie et une radio du poignet. Désormais, elle devra multiplier les transports, ce qui est contradictoire avec les objectifs de réduction des déplacements sanitaires.
La radiologie interventionnelle menacée
La circulaire prévoit également une baisse de la cotation des actes de radiologie interventionnelle. Cette technique permet, grâce au guidage par imagerie (radio, scanner, échographie), de réaliser des actes diagnostiques ou thérapeutiques souvent en ambulatoire, remplaçant ainsi des interventions chirurgicales plus lourdes. Le Dr Souteyrand cite l'exemple de l'injection de ciment sous scanner dans une fracture vertébrale chez la personne âgée, qui permet une reprise de la marche le soir même, évitant hospitalisation et soins à domicile. De même, la ponction et la destruction de tumeurs pulmonaires, hépatiques ou rénales par radiofréquence ou cryoablation sont des alternatives moins invasives. Or, le développement de ces techniques innovantes est déjà freiné par un remboursement insuffisant des consommables. Une nouvelle baisse de cotation ne fera qu'aggraver la situation, alors même que ces actes coûtent moins cher à la Sécurité sociale que la chirurgie traditionnelle.
Un dialogue impossible avec la CNAM
Les représentants de la profession, réunis au sein du G4 (Société française de radiologie, universitaires, radiologues publics et libéraux), tentent depuis plusieurs semaines de rencontrer les responsables de la CNAM. Ils sont conscients qu'il existe des gaspillages et des examens redondants, mais estiment être les mieux placés pour proposer des économies basées sur des critères médicaux et de pertinence. Malheureusement, le dialogue est inexistant. Le Dr Souteyrand dénonce des décisions prises par des collaborateurs « hors sol », spécialistes des tableaux Excel, qui ne voient dans l'imagerie qu'un coût et ignorent sa plus-value pour la qualité des soins.
Un recul pour la médecine française
Pour le radiologue montpelliérain, ces coupes budgétaires entraîneront un recul de la qualité et de la modernisation de la médecine française par rapport aux autres pays. Il pointe la responsabilité des dirigeants de la CNAM, tandis que les ministres se succèdent sans laisser de trace durable. Malgré tout, il salue la passion et l'adaptabilité des jeunes et moins jeunes radiologues, qui continueront à soigner et à innover dans un métier en constante évolution.



