Bordeaux : des neurones humains cultivés en labo pour percer les secrets de l'autisme
Des neurones humains cultivés pour étudier l'autisme à Bordeaux

Une révolution silencieuse dans les laboratoires de biologie

Depuis une dizaine d'années, une technique récompensée par un prix Nobel permet aux chercheurs de transformer une cellule adulte en cellule souche, capable de devenir n'importe quel tissu du corps. À l'Institut interdisciplinaire de neurosciences de Bordeaux, l'équipe d'Éric Hosy utilise ce savoir-faire pour recréer les neurones de patients autistes. L'objectif est de comprendre pourquoi la communication entre les cellules cérébrales s'enraye et quel rôle joue l'inflammation dans cette pathologie complexe. Rencontre avec un scientifique encore au « stade de l'émerveillement » face à cette nouvelle technologie.

Comment transformer une cellule de peau en neurone ?

Le principe est de prélever des cellules ordinaires, par exemple via une petite biopsie de peau ou une simple prise de sang, et de les « reprogrammer ». On les force à redevenir des cellules embryogéniques, dites pluripotentes. Comme au tout début de la vie, après la fécondation, ces cellules ont le potentiel de tout faire : du muscle, de la peau ou, ce qui nous intéresse, des neurones.

Pourquoi passer de la souris à l'humain ?

Une souris n'est pas autiste de la même façon qu'un humain. Le cerveau humain est infiniment plus complexe. Certaines mutations génétiques entraînent un autisme sévère chez l'enfant, alors qu'elles n'ont quasiment aucun effet visible chez la souris. En cultivant des neurones humains, on peut observer directement comment les cellules d'un patient réagissent.

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La synapse, point crucial de la communication neuronale

La synapse est le point de contact entre deux neurones, là où l'information circule. Grâce à des techniques d'optique avancées, les chercheurs voient désormais 10 à 30 fois mieux. On sait aujourd'hui que 50 % des protéines présentes dans la synapse peuvent, en cas de mutation, entraîner des formes d'autisme. C'est là, à cette échelle minuscule, que tout se joue.

Le rôle de l'inflammation dans l'autisme

L'autisme est une maladie neurodéveloppementale : les symptômes apparaissent et s'aggravent pendant la maturation du cerveau. La théorie d'Éric Hosy est que l'inflammation, provoquée par des fièvres ou des réactions du système immunitaire, agit comme un facteur aggravant. Les cerveaux de patients autistes présentent souvent une « hyperinflammation ». En recréant des neurones humains et leur système immunitaire en culture, les chercheurs tentent de prouver que si l'on traite cette inflammation, on peut aider le cerveau à se développer plus sereinement. C'est le cœur du projet « feelGAP AI » soutenu par la Fondation Bordeaux Université.

Un savoir-faire unique à Bordeaux

Cela fait cinq ans que l'équipe travaille à mettre en place cette technique. Aujourd'hui, ça fonctionne. Peu d'équipes en France maîtrisent ce savoir-faire. Bordeaux a d'ailleurs été nommé cinquième centre de référence pour l'autisme en France l'année dernière.

Une collaboration étroite avec les associations de parents

L'association Overcome SynGAP1, créée par les parents de Côme, un garçon autiste, soutient les chercheurs et aide à lever des fonds. À terme, une plateforme permettra de prélever les cellules d'un enfant, les transformer en neurones et tester directement des pistes thérapeutiques.

Vers un traitement pour l'autisme ?

L'autisme est un spectre aux multiples causes. Il existe des dizaines de milliers de causes différentes. Soigner « l'autisme » en général est complexe, mais identifier des traits communs, comme l'inflammation ou les défauts de la synapse, permet d'espérer des traitements qui amélioreront la qualité de vie de nombreux patients.

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