La cataracte est l'une des interventions les plus pratiquées en France, avec plus d'un million d'opérations par an. Cette chirurgie corrige un défaut visuel très fréquent, notamment chez les seniors. Le Dr Vincent Cayzac, ophtalmologue à l'hôpital Sainte Musse à Toulon, nous éclaire sur cette pathologie et son traitement.
Une opacification progressive du cristallin
La cataracte correspond à une opacification du cristallin, un des milieux transparents de l'œil. En forme de lentille, le cristallin permet de faire converger les rayons lumineux pour former une image nette sur la rétine. Plusieurs facteurs interviennent dans ce phénomène, à commencer par l'âge et le diabète. De manière plus anecdotique, l'usage de corticoïdes, certaines pathologies oculaires, des traumatismes ou des prédispositions génétiques peuvent également contribuer à l'apparition de la cataracte.
L'opacification progressive entraîne des symptômes visuels s'installant généralement sur plusieurs mois ou années. Dans certaines formes cliniques, elle peut évoluer plus rapidement et altérer davantage la vision de près, notamment en cas de diabète ou de prise de corticoïdes. La gêne visuelle est variable : certains patients constatent une baisse de la vision, d'autres évoquent des éblouissements, la nuit avec les phares de voitures par exemple. Les signes ne sont pas spécifiques, c'est l'ophtalmologue qui pose le diagnostic lors d'un examen à la lampe à fente. Le fond d'œil et des examens complémentaires éliminent d'autres causes possibles de baisse de la vision, notamment des pathologies rétiniennes.
Un traitement uniquement chirurgical
Le traitement de la cataracte est uniquement chirurgical : il s'agit de la phacoémulsification. Contrairement à une idée reçue, cela ne se fait pas au laser dans la plupart des cas. L'utilisation du laser femtoseconde est marginale et n'a pas démontré de supériorité en routine. L'intervention présente peu de contre-indications : le diabète doit être équilibré, l'état général correct, et le patient ne doit pas présenter d'infection ou d'inflammation oculaire. L'anesthésie est généralement topique (gouttes dans l'œil), mais une sédation est possible en cas d'anxiété. L'anesthésie générale est très rare, réservée à des situations spécifiques. Par précaution, on n'opère pas les deux yeux le même jour : on attend généralement une à deux semaines entre chaque œil pour limiter les risques d'infection.
Un implant pour corriger la vision
Lors de l'intervention, le chirurgien retire le cristallin et le remplace par un implant. La chirurgie de la cataracte est devenue réfractive : en remplaçant le cristallin par une lentille synthétique transparente, elle vise à réduire la dépendance du patient à la correction optique. Des examens complémentaires préalables déterminent le type et la puissance de l'implant. Tous les yeux ne se prêtent pas à tous les implants : le choix tient compte de la présence ou non de pathologies oculaires, de maladies générales, mais aussi des exigences visuelles du patient selon ses habitudes de vie. Certains implants limitent la dépendance aux lunettes en vision de loin, d'autres permettent une vision à plusieurs distances. Les implants multifocaux peuvent toutefois s'accompagner d'effets visuels comme des halos autour des lumières ou une sensibilité accrue à l'éblouissement. Le choix est donc discuté au cas par cas.
L'implant est en place définitivement ; il n'a pas à être changé, sauf très rare complication. Il est fréquent que la capsule derrière l'implant s'opacifie dans les années suivant la chirurgie, mais un traitement laser en consultation suffit à régler le problème.
En ambulatoire
La chirurgie de la cataracte est pratiquée en ambulatoire dans l'immense majorité des cas. Ses suites sont simples : port d'une coque de protection sur l'œil la nuit pendant une semaine, voire la journée en cas d'activités à risque. Le patient sort avec une prescription de collyres antibiotiques et anti-inflammatoires pour un mois. Quelques risques subsistent : décollement de rétine ou infection (un cas sur 3 000). Une seconde intervention est parfois nécessaire si le positionnement de l'implant est compliqué. La moyenne d'âge au moment de l'intervention est de 73 ans, mais elle pourrait évoluer à la baisse, car cette intervention est de moins en moins invasive et de plus en plus perfectionnée. Elle peut être envisagée dès lors que la gêne visuelle impacte la qualité de vie des patients.



