Le Dr Laurent Giraudon, chef du pôle pharmacie du CHU de Montpellier, met en garde contre la prise de paracétamol, comme le Doliprane, en cas de coup de chaud. Selon lui, ce médicament est non seulement inefficace pour faire baisser la température lors d'un coup de chaleur, mais il présente également un risque de toxicité hépatique. « Si vous avez un coup de chaud, ne prenez pas de Doliprane ! » insiste-t-il. Il rappelle qu'il s'agit d'une « urgence vitale » qui nécessite de se mettre au frais, de s'humidifier le corps, de boire (mais pas trop frais) et d'appeler un médecin ou le 15 en cas de malaise ou de confusion.
Conservation des médicaments par forte chaleur
Le Dr Giraudon explique que les médicaments sont généralement testés pour leur stabilité jusqu'à environ 40°C. Cependant, lors d'une canicule prolongée, il recommande de les conserver dans la pièce la plus fraîche de la maison, hors de portée des enfants. En cas de déplacement, il conseille d'utiliser une petite glacière isotherme, sans forcément ajouter de glaçons, pour éviter une exposition à des températures extrêmes. Il insiste pour que les comprimés et gélules restent dans leur emballage d'origine et ne soient pas laissés dans une voiture, où la température peut atteindre 50°C.
Risques d'inefficacité et de toxicité
Le pharmacien alerte sur les risques liés à une dégradation des molécules due à la chaleur : « Il y a des risques d'inefficacité, ou alors de production de substances toxiques. » Il recommande aux patients sous traitement de demander conseil à leur pharmacien, médecin ou infirmier. Par ailleurs, en cas d'hyperthermie, la déshydratation peut modifier l'élimination des médicaments et entraîner des toxicités. Les laxatifs, par exemple, majorent le risque de déshydratation.
Médicaments et régulation thermique
Le Dr Giraudon précise que les médicaments sont conçus pour agir à une température corporelle normale d'environ 37°C. En cas de fièvre ou de coup de chaud, leur action peut être modifiée. Certains médicaments, comme certains antihypertenseurs, peuvent faire chuter la tension artérielle et gêner l'adaptation de l'organisme à la chaleur. Les anxiolytiques et somnifères, en provoquant de la somnolence, réduisent la sensation de soif et augmentent le risque de déshydratation. Les patchs (nicotine, antalgiques) voient leur action perturbée par la transpiration et la vasodilatation.
Tout le monde est concerné
Le pharmacien insiste sur le fait que les personnes âgées ne sont pas les seules à risque : « Tout le monde est concerné », notamment les travailleurs exposés toute la journée aux fortes chaleurs, comme les maçons ou les ouvriers agricoles. Les plus jeunes pensent souvent pouvoir s'adapter, mais « notre organisme peut se faire déborder à tout moment et ne plus parvenir à réguler sa température », conclut-il.



