Dans une tribune publiée par Midi Libre, l'ancien journaliste de télévision Claude Sérillon livre un plaidoyer vibrant pour la lecture, qu'il présente comme un remède face aux crises contemporaines. « Les livres avaient prévu », affirme-t-il, en référence aux analyses sur les canicules et leurs conséquences humaines, disponibles dans les bibliothèques et librairies. Selon lui, les ouvrages contiennent les causes, les détails et les prévisions des catastrophes, fruit d'études et de recherches scientifiques.
Un constat alarmant sur l'état des librairies
Sérillon rappelle que la France compte 3 000 librairies indépendantes et entre 20 000 et 25 000 points de vente de livres. En 2024, 129 ouvertures de librairies ont été recensées contre 79 fermetures, mais la tendance semble s'inverser. « La fermeture de Gibert, les mises en redressement judiciaire du Furet à Lille et de Sauramps à Montpellier indiquent toutes les difficultés économiques de ces grandes librairies prestigieuses », souligne-t-il.
Le livre, voyage intime et collectif
Pour l'auteur, pousser la porte d'une librairie, c'est accepter la lenteur et la durée de la compréhension. « Lire un livre, c'est accepter la lenteur, la durée de la compréhension, la possibilité de revenir en arrière juste pour être certain », écrit-il. Il décrit le bonheur d'errer entre les tables, de se laisser séduire par une quatrième de couverture ou une première phrase. « Les livres sont des œuvres offertes à l'intime », insiste-t-il, appelant à faire circuler les ouvrages de main en main.
Les défis économiques et culturels
Le journaliste pointe les difficultés des libraires : gestion des stocks, loyers élevés, charges importantes. « Depuis la Loi Lang, il apparaît que le système vacille », note-t-il, évoquant la concurrence des liseuses, des écrans, la cherté des ouvrages et les ventes en ligne. Il déplore que les auteurs soient les moins rémunérés de la chaîne du livre, tandis que distributeurs, éditeurs et libraires se partagent le reste.
La culture en danger face à l'extrême droite
Sérillon établit un lien entre la santé d'un pays et l'état de ses écoles, hôpitaux, prisons et culture. Il alerte sur le fait que « maintes cités détenues par l'extrême droite depuis mars sont en train de restreindre subventions et capacités de créations aux organisateurs ». Il appelle les partis politiques à traiter de la culture dans les débats présidentiels, alors qu'elle est souvent absente.
Un appel à la résistance par la lecture
« Lire ne fait pas de bruit, c'est un sentiment accompli de curiosité, une occasion de se mettre à l'écart, de se nourrir et puis de partager », conclut Sérillon. Il invite à fréquenter les librairies aux noms évocateurs (Feuilles et thés, Livresses, Belles pages, l'amour du livre) pour « entretenir le réseau des libraires où coulent des pages d'aventures et d'émotions ». Il partage ses lectures récentes : L'Idiot de Dostoïevski, la biographie de George Sand par Brigitte Krulic, La Requine de Sigolène Vinson, L'arbre dans la ville de Véronique Mure, et annonce Uvaspina de Monica Acito et Esclave de la liberté d'Ildefonso Alcones.



