Une proposition de loi pour lutter contre le cadmium
L'Assemblée nationale s'apprête à examiner, au début du mois de juin, une proposition de loi transpartisane visant à mieux protéger les Français contre les dangers du cadmium. Ce métal lourd, classé cancérogène certain par l'Organisation mondiale de la santé, est présent dans de nombreux engrais phosphatés utilisés en agriculture, ainsi que dans certains aliments comme le chocolat, les fruits de mer ou les céréales.
Le texte, déposé par plusieurs députés de différents groupes politiques, prévoit plusieurs mesures clés. Il s'agit notamment d'abaisser les seuils réglementaires de cadmium dans les engrais, d'améliorer la surveillance des sols et des denrées alimentaires, et de renforcer l'information des consommateurs. Les députés souhaitent également encourager la recherche de solutions alternatives pour réduire l'utilisation de ce métal dans l'industrie.
Un enjeu de santé publique majeur
Le cadmium s'accumule dans l'organisme tout au long de la vie, principalement dans les reins et les os. Une exposition chronique, même à faibles doses, peut entraîner des maladies rénales, une fragilisation osseuse et augmenter le risque de cancer du poumon. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), environ 10 % de la population française présenterait des niveaux de cadmium dans le sang supérieurs aux valeurs guides.
La proposition de loi s'appuie sur les recommandations de l'Anses et de plusieurs associations de défense de l'environnement. Elle vise à aligner la réglementation française sur les normes les plus strictes en vigueur dans l'Union européenne, notamment celles de la Suède et de l'Allemagne.
Des mesures concrètes attendues
Parmi les dispositions phares du texte, on trouve l'interdiction progressive des engrais phosphatés contenant plus de 20 mg de cadmium par kilo de phosphore, contre 60 mg actuellement. Les députés proposent également la création d'un fonds d'indemnisation pour les agriculteurs qui subiraient des pertes économiques liées à cette transition.
Le texte prévoit aussi un étiquetage obligatoire des denrées alimentaires indiquant la teneur en cadmium, ainsi qu'un renforcement des contrôles dans les zones les plus contaminées. Enfin, une campagne d'information grand public sur les risques du cadmium et les gestes pour limiter l'exposition sera lancée.
Un large soutien politique
La proposition de loi a été cosignée par des députés de la majorité, de la gauche et des écologistes. Elle bénéficie du soutien du ministre de la Santé, qui a salué une initiative "nécessaire pour protéger la santé des Français". Cependant, certains élus du monde agricole expriment des réserves, craignant une hausse des coûts de production pour les agriculteurs.
Le débat en séance publique est prévu les 3 et 4 juin. Si le texte est adopté, il pourrait être examiné par le Sénat avant la fin de l'année. Les associations de consommateurs et les ONG environnementales appellent à une adoption rapide, estimant que "chaque année d'attente expose des millions de Français à un risque évitable".



