Brigade des mineurs : recueillir la parole d'un enfant victime de violences sexuelles
Brigade des mineurs : recueillir la parole d'un enfant

La brigade des mineurs de la police judiciaire parisienne traite chaque année des centaines de dossiers de violences sexuelles sur enfants. Avec un taux de condamnation de 90 %, elle fait figure d'exemple en France. Mais comment les enquêteurs parviennent-ils à recueillir la parole d'un enfant victime, souvent traumatisé et réticent à parler ?

Un protocole strict pour libérer la parole

Dès qu'un signalement est effectué, une équipe spécialisée est dépêchée sur place. Les enquêteurs, formés à la psychologie de l'enfant, suivent un protocole précis. Ils évitent tout langage suggestif et posent des questions ouvertes, comme "raconte-moi ce qui s'est passé". Selon le commandant Stéphane, chef de la brigade, "l'objectif est de laisser l'enfant s'exprimer librement, sans l'influencer".

Les auditions sont filmées pour éviter de multiplier les interrogatoires, source de stress supplémentaire. Une salle d'audition spéciale, avec des jouets et des couleurs apaisantes, est utilisée pour mettre l'enfant en confiance. En 2022, la brigade a réalisé plus de 500 auditions filmées.

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Un accompagnement psychologique essentiel

Avant l'audition, un psychologue rencontre l'enfant pour évaluer son état émotionnel. "Certains enfants ont besoin de plusieurs séances avant de pouvoir parler", explique la psychologue Sophie. La brigade travaille en étroite collaboration avec des pédopsychiatres et des associations d'aide aux victimes.

Le recueil de parole est une étape cruciale pour la suite de la procédure. "Si la parole de l'enfant est bien recueillie, cela évite des années de procédure et de souffrance", souligne le commandant Stéphane. En moyenne, une affaire de violences sexuelles sur mineur met 18 mois à être jugée.

Des techniques d'écoute active

Les enquêteurs utilisent des techniques d'écoute active, comme la reformulation et la validation des émotions. Ils ne montrent jamais de signes de désapprobation ou de choc, pour ne pas bloquer l'enfant. "On doit rester neutre, tout en étant bienveillant", précise un enquêteur.

La brigade a également recours à des outils comme le dessin ou le jeu de rôle, qui permettent à l'enfant de s'exprimer par des moyens non verbaux. "Un enfant qui ne peut pas dire les mots peut les dessiner", ajoute le commandant.

Un taux de condamnation élevé

Grâce à ces méthodes, la brigade des mineurs obtient un taux de condamnation de 90 %, contre 70 % pour les autres affaires pénales. "Quand la parole de l'enfant est bien recueillie, elle est souvent la pièce maîtresse du dossier", explique le procureur de la République.

En 2022, la brigade a traité 1 200 affaires, dont 70 % concernaient des violences sexuelles. Le nombre de signalements est en hausse constante, avec une augmentation de 15 % par an depuis 2018.

Les limites du système

Malgré ces résultats, des voix s'élèvent pour dénoncer le manque de moyens. "Nous avons besoin de plus d'enquêteurs formés et de psychologues", alerte le commandant Stéphane. Actuellement, la brigade compte 25 enquêteurs pour toute la région parisienne.

Certaines affaires sont classées sans suite faute de preuves suffisantes, notamment lorsque l'enfant est trop jeune pour s'exprimer. "Un enfant de 3 ans ne peut pas témoigner, mais des signes physiques ou des vidéos peuvent faire la preuve", tempère le procureur.

La brigade des mineurs continue d'innover, avec des formations régulières et des partenariats avec des universités. "Notre métier évolue, et nous devons nous adapter aux nouvelles formes de violences, notamment en ligne", conclut le commandant.

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