Bipolarité : Juliette, 36 ans, raconte sa vie sans tabou
Bipolarité : Juliette, 36 ans, raconte sa vie sans tabou

Juliette, une Gardoise de 36 ans, raconte sans tabou sa vie avec la bipolarité de type 2, une maladie qui touche un adulte sur 150. Dans un entretien accordé à Midi Libre, elle décrit les hauts et les bas de sa pathologie, inspirée par le livre "Intérieur nuit" et le podcast "Si besoin" de Nicolas Demorand.

Un diagnostic tardif et des symptômes dévastateurs

Les premiers signes sont apparus vers 27-28 ans, avec des achats compulsifs et des crédits revolving. "Je cachais tout à mon partenaire, je vivais dans les mensonges", confie-t-elle. Après une rupture et un concours réussi, elle a cru repartir de zéro. Mais l'isolement et un conflit au travail ont précipité une phase hypomaniaque : perte de poids, insomnies, pleurs incessants. Un matin, elle n'a pas pu se lever. "Je suis descendue à 50 kg, je n'arrêtais pas de pleurer."

La chute : hospitalisation et surendettement

Rentrée chez ses parents pour deux semaines, elle y est restée huit mois. Malgré un traitement antidépresseur, elle a replongé : 700 à 800 euros de remboursements mensuels pour un salaire de 1 800 euros. "Je ne voyais pas d'issue. J'ai pensé avaler toute la plaquette de benzodiazépines." Ses parents sont venus la chercher, et elle a consulté un psychiatre.

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Le diagnostic et le traitement

En 2021, un séjour d'un mois en clinique a confirmé la bipolarité de type 2. Son traitement comprend Abilify, Lysanxia et Tercian. Les effets secondaires sont lourds : prise de poids (96 kg), hyperphagie, et une consommation régulière d'alcool comme anxiolytique. "La dépression, c'est une perte d'autonomie totale. J'ai des pensées suicidaires."

Vivre au quotidien avec la bipolarité

Juliette travaille à plein temps après un mi-temps thérapeutique, avec une reconnaissance de travailleur handicapé. "Le travail me fatigue mais me structure." Elle vit seule dans un logement social, face à des angoisses intenses. "Je peux rester assise des heures sans bouger, et ça génère tellement de honte que je suis obligée de mentir." Elle a renoncé à avoir un enfant. "Je n'ai pas envie de l'embarquer dans une situation pareille."

L'avis du psychiatre Christian Castelnau

Le Dr Castelnau, psychiatre à la clinique Stella, explique que la bipolarité est "une pathologie du contrôle des émotions". Il met en garde contre le surdiagnostic : "Parfois, une personne qu'on dit bipolaire ne l'est pas." Le diagnostic repose sur l'observation d'un épisode maniaque par un spécialiste. Le lithium reste une référence, notamment contre les crises suicidaires. Les thérapies cognitivo-comportementales sont complémentaires aux médicaments. "Le pire, ce sont les troubles non diagnostiqués."

Un message d'espoir

Malgré tout, Juliette garde espoir : "Avec la fin de mon dossier de surendettement, je vais bientôt récupérer 430 euros pour vivre. Parce que j'aime la vie, mon travail, ma famille, et plus que tout, mon chat."

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