Depuis plusieurs semaines, des milliers de jeunes diplômés indiens se rassemblent à New Delhi pour protester contre le chômage endémique qui frappe le pays. Ces manifestations, parmi les plus importantes depuis l'arrivée au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi en 2014, dénoncent l'incapacité du gouvernement à créer des emplois pour une population jeune et de plus en plus qualifiée.
Une colère grandissante face au manque d'opportunités
Les manifestants, souvent issus de zones rurales et ayant investi des sommes importantes dans leurs études, se heurtent à un marché du travail saturé. Selon le Centre de surveillance de l'économie indienne (CMIE), le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 29 ans atteignait 23,2 % en 2023, un chiffre bien supérieur à la moyenne nationale de 8,3 %. « Nous avons fait des sacrifices pour étudier, mais il n'y a pas de travail. Le gouvernement nous a trahis », déclare Ravi Kumar, un diplômé en ingénierie de 24 ans présent lors d'un rassemblement.
Des demandes précises et une opposition croissante
Les protestataires réclament la création massive d'emplois publics, l'abolition des examens de recrutement jugés opaques et une meilleure indemnisation du chômage. Le mouvement, baptisé « Bihar Bandh » dans certains États, a gagné en ampleur grâce aux réseaux sociaux. Les affrontements avec les forces de l'ordre se sont multipliés, faisant plusieurs blessés. Le gouvernement a proposé des mesures ponctuelles, comme la création de 10 millions d'emplois dans le secteur informel, mais les syndicats estiment ces promesses insuffisantes.
Un enjeu électoral majeur
Cette crise sociale intervient à un moment clé, alors que l'Inde se prépare pour les élections générales de 2024. L'opposition, menée par le Congrès national indien, a saisi l'occasion pour critiquer la politique économique de Modi. « Le chômage des jeunes est la plus grande menace pour la démocratie indienne », a affirmé Rahul Gandhi, figure de l'opposition, lors d'un meeting à New Delhi. Selon une enquête de l'Institut indien d'opinion publique, 68 % des jeunes de 18 à 35 ans estiment que le chômage est le problème le plus urgent du pays.
Des conséquences économiques et sociales durables
Au-delà des manifestations, le chômage des diplômés a des répercussions profondes sur l'économie indienne. De nombreux jeunes se tournent vers le travail informel, souvent mal rémunéré et sans protection sociale. D'autres choisissent l'exil, notamment vers les pays du Golfe ou l'Occident, accentuant la fuite des cerveaux. Selon la Banque mondiale, l'Inde doit créer 8 à 10 millions d'emplois par an pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail, un objectif loin d'être atteint.



