En France, 10 % des victimes d'AVC chaque année ont moins de 45 ans, selon l'Inserm. Chez les moins de 65 ans, le taux d'hospitalisation pour AVC a augmenté de 19,6 % chez les hommes et de 16,9 % chez les femmes entre 2008 et 2019, d'après Santé publique France. Cette hausse contraste avec la baisse observée chez les plus de 65 ans.
Une augmentation nette chez les moins de 65 ans
« La probabilité de faire un infarctus cérébral, qui représente 85 % des AVC, a été multipliée par deux chez les moins de 50 ans entre les années 1980 et 2000 », constate le professeur de neurologie Yannick Béjot, chef du service de neurologie au CHU de Dijon Bourgogne et vice-président de la Société française neurovasculaire (SFNV).
« 10 % peut sembler peu mais sur un nombre très élevé de victimes, cela fait beaucoup, surtout pour une maladie grave », insiste la professeure Charlotte Cordonnier, neurologue au CHU de Lille et présidente de la SFNV. « La hausse n'a pas été observée dans les catégories d'âge supérieur », remarque le professeur Béjot. Chez les personnes âgées de plus de 65 ans, le taux d'hospitalisation pour AVC a diminué de 2,4 % chez les hommes et de 2,2 % chez les femmes entre 2008 et 2019.
Hypertension, diabète et substances à risque
L'amélioration du diagnostic explique une partie de l'augmentation, selon la professeure Cordonnier : « Quand des signaux apparaissent, on va plus facilement faire une IRM qu'avant. » Mais les facteurs de risques classiques, comme l'hypertension artérielle, l'obésité, le surpoids et le diabète, touchent des personnes de plus en plus jeunes. « Ces pathologies vont abîmer les vaisseaux », explique-t-elle.
La consommation de cocaïne multiplie par sept le risque d'AVC ischémique dans les 24 heures suivant la prise, selon une étude de la School of Medicine de l'Université du Maryland. Près de 140 000 personnes consomment de la cocaïne chaque mois en France, d'après l'OFDT, et les jeunes de 18 à 34 ans représentent la grande majorité de ce groupe. « Nous nous posons aussi des questions sur la cigarette électronique », ajoute le professeur Béjot.
Pollution et prévention
Des facteurs environnementaux pourraient aussi expliquer la hausse. « Beaucoup de données scientifiques montrent que l'exposition à la pollution atmosphérique augmente le risque d'AVC », souligne le vice-président de la SFNV. Le professeur Béjot travaille sur une étude montrant que les pics de chaleur augmentent le risque d'accidents cérébraux.
« 80 à 90 % des AVC seraient évitables si une dizaine de facteurs de risque étaient pris en charge », soutient le professeur Béjot. Il milite pour des check-up à partir de 40 ans et, chez les femmes, à des moments à risque comme le début de la contraception, après la grossesse ou à la ménopause.
Après son AVC, Louis a été victime d'aphasie, une perte de la capacité à parler. « Je me suis dit qu'il fallait que je me batte pour réapprendre ma langue maternelle », lance le trentenaire, devenu assistant RH. « J'ai animé une centaine de conférences sur le sujet au Canada, en Belgique ou encore en Pologne. » Son prochain projet : créer une exposition de manga pour sensibiliser les jeunes à l'aphasie.