Fin de l'époque contemporaine : le slogan des lycéens décrypté
Fin de l'époque contemporaine : le slogan des lycéens

Le slogan « On met fin à l'époque contemporaine » s'est imposé ces dernières semaines sur les pancartes du mouvement lycéen, qui gravite principalement autour des conditions d'apprentissage. Cette formule, symbole d'une volonté de changement radical, détourne les cours d'Histoire et pose une question : peut-on décréter la fin d'une époque ?

Ce que les élèves apprennent en cours d'Histoire

En France, l'histoire est divisée en quatre périodes : l'Antiquité, le Moyen-Âge, l'époque moderne et, à partir de 1789, l'époque contemporaine, explique Lucie Gomes, professeure des universités en didactique de l'Histoire. « À partir de cette date, le peuple va se constituer en tant que nation. Pour certains historiens, ça marque aussi un changement du rapport des gens au temps et à l'idée de progrès. »

Quel événement faudrait-il pour tourner la page de cette époque contemporaine ? Pas une guerre, en tout cas. « Dans ce modèle, les guerres mondiales n'ont pas fait changer d'époque », note-t-elle. Le point de départ de la période fait d'ailleurs débat (1789, 1889, 1914 ou 1945), relève l'historien Quentin Deluermoz, mais l'idée sous-jacente est que « cette époque est encore la nôtre ».

Les mouvements sociaux veulent s'inscrire dans l'Histoire

Les changements d'époque se constatent surtout après coup, parfois par un récit collectif. « À la Renaissance, les Occidentaux vivent ce changement et se mettent à appeler l'époque passée Moyen-Âge pour s'en détacher », rappelle Lucie Gomes.

Son verdict sur le slogan des lycéens est net : « Ce n'est pas une analyse mais un souhait. On veut s'inscrire dans l'Histoire quand on fait un mouvement social. » Pour Quentin Deluermoz, cette volonté est révélatrice. « Nous vivons dans une période où [le temps] semble justement comme fermé : on ne cesse de dire que rien n'est possible », explique-t-il, évoquant les annonces budgétaires du gouvernement et une crise climatique « à laquelle aucune réponse d'ampleur n'est apportée ».

Impasse générationnelle et précédents historiques

Face à ce « temps mort », le slogan « On met fin à l'époque contemporaine » tenterait donc de rouvrir la porte. Le procédé n'est pas neuf : Mai 1968 proclamait « la fin du vieux monde », tandis que les Communards annonçaient celle du « vieux monde gouvernemental et clérical ». Ce slogan « ne suffit évidemment pas pour résoudre les crises en cours », nuance Quentin Deluermoz. Mais ces slogans disent « une impasse générationnelle » et « un désir d'agir en tant que génération », en France mais aussi dans d'autres pays comme en Italie, où la jeunesse manifeste.

Vers un changement de sous-période ?

Entre le changement climatique et la multiplication des conflits, Lucie Gomes reconnaît qu'on pourrait au moins être à un changement de « sous-période ». La réponse se trouvera peut-être dans les manuels scolaires de 2126.