Elles ont souvent passé leur vie à se sentir différentes, sans comprendre pourquoi. Aujourd'hui, de plus en plus de femmes découvrent leur autisme à l'âge adulte, un diagnostic qui agit comme une révélation. « C'est un soulagement, je ne suis pas folle », témoigne Claire, 42 ans, diagnostiquée à 38 ans. Selon une étude récente, près de 80 % des diagnostics d'autisme posés à l'âge adulte concernent des femmes.
Un long parcours d'errance médicale
Avant d'obtenir ce diagnostic, ces femmes ont souvent enchaîné les consultations chez les psychologues, psychiatres et autres spécialistes. Beaucoup ont reçu des diagnostics erronés : anxiété, dépression, trouble de la personnalité limite. « On m'a dit pendant des années que j'étais trop sensible, que je devais faire des efforts », raconte Sophie, 35 ans, diagnostiquée il y a un an.
Cette errance médicale s'explique en partie par une méconnaissance de l'autisme féminin. Les critères diagnostiques ont longtemps été établis à partir d'observations de garçons. Les femmes autistes présentent souvent des symptômes plus discrets et développent des stratégies de compensation sociales, ce qui rend leur autisme moins visible.
Un soulagement et une reconstruction
L'annonce du diagnostic est souvent vécue comme une libération. « Tout s'explique enfin : mes difficultés à comprendre les codes sociaux, mon hypersensibilité, mon besoin de solitude », explique Claire. Ce diagnostic permet de mettre des mots sur un vécu douloureux et de se reconstruire.
Pour beaucoup, c'est aussi l'occasion de mieux se connaître et d'adapter leur environnement. Des associations et des groupes de parole se créent pour accompagner ces femmes. Le Dr Anne-Sophie Bertin, psychiatre spécialisée dans l'autisme, souligne : « Il est essentiel de former les professionnels de santé à reconnaître l'autisme féminin pour réduire les délais de diagnostic. »
Des conséquences sur la santé mentale
Le retard de diagnostic a des conséquences importantes sur la santé mentale de ces femmes. Selon une enquête menée auprès de 500 femmes autistes, 70 % d'entre elles ont déjà eu des pensées suicidaires, et 35 % ont fait des tentatives de suicide. Ces chiffres alarmants montrent l'urgence d'améliorer le dépistage.
Le diagnostic tardif permet également de comprendre des difficultés scolaires ou professionnelles passées. Beaucoup racontent avoir subi du harcèlement à l'école ou s'être épuisées à « faire semblant » d'être normales. Cette « double peine » pour les femmes, qui doivent en plus se conformer à des attentes sociales fortes, explique en partie leur épuisement.
Vers une meilleure reconnaissance
Les choses évoluent toutefois. Des campagnes de sensibilisation voient le jour, et les médias commencent à parler de l'autisme féminin. Des personnalités publiques, comme l'actrice Charlotte, ont révélé leur diagnostic, contribuant à briser le tabou.
Les professionnels de santé sont également de plus en plus formés. Le Dr Bertin insiste : « Il faut multiplier les études sur les spécificités féminines de l'autisme et adapter les outils de dépistage. » Les associations réclament aussi un meilleur accès aux diagnostics pour les adultes, encore trop souvent orientés vers la pédopsychiatrie.
Pour Sophie, ce diagnostic a changé sa vie : « Je peux enfin être moi-même, sans me juger. Je sais pourquoi je suis comme ça, et je peux m'adapter en conscience. » Une étape cruciale pour ces femmes qui, après des années d'incompréhension, trouvent enfin des réponses.



