Alzheimer à 58 ans : le témoignage bouleversant d'Antoine Valmont sur sa femme
Alzheimer à 58 ans : le témoignage bouleversant d'Antoine Valmont

Une romance brisée par le diagnostic d'Alzheimer à 58 ans

Antoine Valmont était marié depuis six ans lorsque sa femme Fabienne, âgée de seulement 58 ans, a reçu un diagnostic qui allait bouleverser leur existence. Dans son ouvrage « Nos chemins inversés », il relate avec une sincérité poignante la belle histoire de leur couple, foudroyée par cette annonce, et le parcours du combattant qui a suivi.

De la plage de La Rochelle au diagnostic brutal

Été 2013, plage de la Concurrence à La Rochelle. Fabienne et Antoine se croisent, discutent et tombent amoureux. Elle emménage au bout de quelques mois dans le bateau qu'il habite au port, puis ils échangent leurs vœux en 2016. Une romance simple, chamboulée par un coup de tonnerre en mai 2022 : Fabienne est diagnostiquée Alzheimer.

« Pour moi, Alzheimer, c'était la mémé de 80 balais qui perd la mémoire », confie Antoine Valmont. La découverte a été brutale. Un soir, Fabienne lui annonce : « Il y a des gens qui parlent dans mon dos, j'ai apparemment des problèmes dans mon boulot. » Quelques jours plus tard, elle ajoute : « Le bruit qui court, c'est que j'ai Alzheimer. » Après des tests à l'hôpital de La Rochelle et une consultation neurologique, le verdict tombe.

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L'errance administrative et la forme fronto-temporale méconnue

La réaction initiale a été la négation, particulièrement pour Fabienne. « Au début, vous êtes dans la négation, ma femme l'était beaucoup », explique Antoine. Rapidement, le couple se retrouve plongé dans « une espèce de bordel innommable au plan administratif », avec des informations contradictoires et une complexité statutaire extrême.

Mais le plus difficile fut l'évolution rapide de la maladie, aggravée par une forme particulière : l'Alzheimer fronto-temporal. « C'est une forme de délire permanent », décrit Antoine. Fabienne parlait à des personnes absentes, mélangeait des sujets comme Poutine et son pot de yaourt, avant de sombrer dans des propos abominables sur la sexualité, avec une agressivité terrifiante.

Cette forme est peu connue en France, mieux identifiée aux États-Unis, en Suisse et au Canada. « Je n'ai pas le sentiment que le personnel médical comprenait ce que je lui racontais », regrette-t-il. Les traitements ont commencé avec des régulateurs d'humeur, puis des antipsychotiques pour stabiliser le comportement.

De conjoint à aidant : la transformation de la relation

La relation du couple a radicalement évolué. « Cet aspect psychotique a duré quelques mois », avec des moments de lucidité qui ont progressivement disparu. La cognition de Fabienne s'est dégradée : relation verbale, compréhension spatiale, logiques simples comme mettre la table, tout s'est effrité.

« Au bout d'un moment, la cognition est tellement réduite à zéro que vous ne pouvez pas parler de relation normale », constate Antoine. Il est passé du statut de conjoint à celui d'aidant. Aujourd'hui, il conserve des moments d'échange et de tendresse, un humour partagé, mais ne peut plus discuter de films, d'actualité ou de livres.

Le poids insoutenable de l'aidant familial

La charge est immense. « C'est très lourd, très violent et épuisant, parce que vous êtes en permanence sur la brèche », témoigne Antoine. L'aidant navigue entre l'épuisement à aider et la culpabilité de ne pas en faire assez. « Dans des situations pareilles, il y a des moments où je me suis agacé, énervé, parce que c'est trop. Voilà, c'est trop lourd. »

Quatre ans après le diagnostic, Fabienne est « au degré zéro au niveau cognitif et autonomie ». Même manger devient compliqué, la communication n'est plus qu'émotionnelle. Antoine habite toujours un appartement à La Rochelle mais cherche depuis un an et demi une structure adaptée, une démarche elle-même complexe.

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Pourquoi écrire ce livre ? Briser le silence sur la réalité d'Alzheimer

Deux motivations ont poussé Antoine Valmont à écrire. D'abord, la sidération face à la réalité de la maladie. « Quand on le vit, c'est la sidération », explique-t-il. « Vous changez de planète. C'est une autre planète où toutes les règles ont complètement changé. »

Ensuite, le constat que « cette forme frontale, et Alzheimer en général, on en parle peu ». Les témoignages sont souvent édulcorés, et ceux qui ont vécu la maladie ont du mal à tout raconter. « J'avais envie que les gens se rendent compte de ce que c'est que de vivre ça au quotidien », conclut-il, offrant ainsi un récit essentiel pour comprendre l'impact réel de cette maladie neurodégénérative.