Les prisons françaises ont atteint un nouveau record de surpopulation carcérale avec 88.145 détenus au 1er avril 2026, selon les chiffres officiels de la Chancellerie publiés jeudi. Cette augmentation de plus de 5.000 détenus en un an (+6,3%) contraste avec la faible hausse du nombre de places disponibles, qui n'a progressé que de moins d'un millier (+1,6%).
Un taux d'occupation alarmant
Le taux de suroccupation globale s'élève à 139,1%, un chiffre particulièrement préoccupant dans les maisons d'arrêt où il atteint 171,1%. Ces établissements accueillent des personnes condamnées à de courtes peines ou en attente de jugement, donc présumées innocentes. La France figure parmi les mauvais élèves de l'Union européenne en matière de densité carcérale, seules la Slovénie et Chypre affichant des taux plus élevés, mais avec des populations carcérales bien inférieures.
Des conditions de détention dégradées
Le nombre de matelas posés à même le sol, faute de lits disponibles, a bondi de près de 60% en un an pour atteindre 7.540 au 1er avril. Dans trente établissements pénitentiaires sur 190, le taux d'occupation dépasse 200%, soit deux détenus pour une seule place. La situation est particulièrement critique en région parisienne (+162,9%), à Toulouse (+156,3%) et en outre-mer (+148,1%).
Un système pénitentiaire sous tension
Fin janvier, le Conseil de l'Europe avait dénoncé l'état des prisons françaises dans un rapport, alertant sur le risque de voir ces établissements se transformer en "entrepôt humain". Surpopulation, insalubrité et violences y sont régulièrement pointées du doigt. Les surveillants et directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système au bord de l'explosion. Fin avril, environ 22% des établissements ont été touchés par un mouvement de grève, selon le ministère de la Justice, tandis que l'Ufap-Unsa revendique une centaine de prisons mobilisées.
Les réponses gouvernementales
Un projet de loi en préparation vise à lutter contre la surpopulation carcérale, notamment en mettant fin à la pratique des matelas au sol. Cependant, aucun calendrier n'a été annoncé pour son dépôt ou son adoption. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s'est opposé à tout mécanisme de régulation carcérale, comme celui en vigueur en Allemagne, qui conditionne l'entrée en détention à une sortie au-delà d'un certain seuil. Le ministère de la Justice prévoit d'ouvrir 3.000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié dès 2027, alors que moins d'un tiers des 15.000 places promises dans le cadre d'un plan national lancé en 2018 ont été livrées.
Gérald Darmanin s'est félicité d'une hausse des expulsions de détenus étrangers, via des libérations conditionnelles ou des accords bilatéraux. Mais les syndicats de surveillants et de directeurs estiment que cette mesure ne concerne qu'un nombre limité de prisonniers et ne résout pas le problème de fond.



