Byung-Chul Han : "chacun pratique le culte divin du moi"
Byung-Chul Han : "chacun pratique le culte divin du moi"

Dans un entretien publié le 27 août 2026 par Libération, le philosophe sud-coréen Byung-Chul Han, figure majeure de la pensée contemporaine, livre une analyse critique de nos sociétés. Selon lui, chaque individu pratique désormais un « culte divin du moi », une dévotion narcissique amplifiée par les technologies numériques. Cette observation constitue le cœur de sa réflexion sur les mutations anthropologiques en cours.

Le narcissisme numérique comme nouvelle religion

Byung-Chul Han explique que les réseaux sociaux et les plateformes numériques transforment le rapport à soi. L'individu s'y présente comme une divinité, recherchant sans cesse l'approbation d'autrui par des « likes » et des commentaires. Ce phénomène, loin d'être anodin, révèle une profonde aliénation : le sujet n'existe plus que par le regard des autres, dans une quête permanente de reconnaissance.

Le philosophe souligne que cette pratique du « culte du moi » n'est pas une simple tendance superficielle, mais une véritable structure anthropologique. Elle témoigne d'une perte de sens et d'une incapacité à établir des relations authentiques avec autrui. Le moi devient le centre absolu, mais un centre vide, dépendant de la validation externe.

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Une critique de la société de la transparence

L'entretien revient également sur la notion de « société de la transparence », chère à Byung-Chul Han. Dans ce régime, tout doit être visible, exposé, sans secret ni intériorité. Cette exigence de transparence, couplée au narcissisme numérique, érode les frontières entre vie privée et vie publique, et affaiblit les formes de résistance et de subjectivité véritable.

Le philosophe dénonce une « violence de la positivité » : l'impératif de performance et d'optimisation permanente qui pousse chacun à se dépasser sans cesse, jusqu'à l'épuisement. Cette pression, intériorisée, remplace les mécanismes disciplinaires externes des sociétés antérieures par une auto-exploitation sans limites.

Des pistes pour une sortie du culte du moi

Interrogé sur les alternatives possibles, Byung-Chul Han évoque la nécessité de retrouver une forme de « contemplation » et de « lenteur », des expériences qui permettraient de se dégager de l'emprise du numérique et de la performance. Il appelle à une « éthique de l'altérité », où l'autre ne serait plus un simple miroir de soi, mais une présence véritable, source de résistance et de fécondité.

Le philosophe insiste sur l'importance de la « déconnexion » et du silence, conditions d'une pensée critique et d'une vie intérieure restaurée. Ces propositions, bien que modestes, esquissent une voie de sortie face à l'emprise du culte du moi et de la transparence généralisée.

Cet entretien, publié dans les colonnes de Libération, s'inscrit dans la continuité des travaux de Byung-Chul Han, notamment ses essais sur la fatigue, la transparence et la psychopolitique. Il offre une grille de lecture stimulante pour comprendre les maux contemporains et les défis à relever pour une société plus apaisée et plus solidaire.

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