Ce jeudi, à Cournonterral (Hérault), Carole Delga, présidente de la Région, inaugure le lycée qui porte le nom d’Élisabeth et Robert Badinter. Élisabeth Badinter sera présente à la cérémonie. Dans un entretien accordé à Midi Libre, elle revient sur la portée de cet honneur, son attachement à l’école et ses combats actuels.
Un honneur « qui vaut toutes les décorations »
« Ce n’est pas la première fois que nos deux noms sont donnés à un établissement scolaire. Et pour nous deux, c’est à la fois le plus grand honneur que l’on puisse rendre à une personne et plus encore à un couple », déclare Élisabeth Badinter. Elle rappelle que Robert Badinter « avait coutume de dire que cet honneur-là valait toutes les décorations du monde ».
« Voir nos deux prénoms unis en haut d’une école a été pour lui, comme pour moi, une grande émotion. D’autant que c’est le seul lieu et la seule institution qui pouvait nous unir publiquement. L’École a toujours été pour nous l’institution la plus importante du pays », ajoute-t-elle. Elle souligne que tous deux ont été « des professeurs heureux d’enseigner ».
La laïcité, un « credo » menacé
Interrogée sur la réaffirmation de sa foi en la laïcité, Élisabeth Badinter répond : « La laïcité a toujours été notre credo… La loi de 1905 qui fait de l’école un sanctuaire où la politique et les religions n’ont pas leur place est la condition de l’apprentissage, du raisonnement et de l’ouverture des esprits. »
Elle déplore qu’« un courant hostile à la loi de 1905 tente de s’imposer » depuis plusieurs années. « On ne parle plus des laïcs, mais des “laïcards”, façon de désigner des esprits rigides qui s’en prennent aux croyances et aux convictions des enfants », explique-t-elle. En conséquence, « certains sujets qui sont aux programmes ne sont plus abordés de crainte de polémiques avec enfants et parents… On s’éloigne de la liberté de penser et de l’esprit critique. On régresse intellectuellement au détriment des connaissances et de la raison ».
Un féminisme universaliste « très critiqué »
Élisabeth Badinter, qui défend un féminisme universaliste, estime que celui-ci est « très critiqué aujourd’hui ». « Une nouvelle génération de féministes, radicales, lui préfère le communautarisme. Le concept d’humanité s’efface au profit des différents groupes opprimés par les hommes de pouvoir et en particulier par les Occidentaux, coupables de tous les maux, tels l’islamophobie, le racisme, l’homophobie etc. », affirme-t-elle.
Le danger majeur de ce néoféminisme, selon elle, est que « la politique l’emporte sur l’objectif même du féminisme, à savoir le combat pour l’égalité des sexes partout dans le monde ». Elle observe qu’« il y a les “bonnes victimes” que l’on défend et celles qui appellent le silence », citant parmi ces dernières « les Afghanes, les Iraniennes et les victimes du 7 octobre ». « Hélas, je ne suis pas très optimiste pour les années à venir. Mais le combat continue… », conclut-elle.
Une inquiétude croissante face à l’antisémitisme
Interrogée sur la recrudescence d’actes antisémites en France, Élisabeth Badinter confie : « Je suis de plus en plus inquiète de la montée en puissance de l’antisémitisme en France et dans tout l’Occident, notamment de la part des nouvelles générations. » Elle ajoute : « Les leçons de l’Histoire s’effacent bien vite. Enfin faudrait-il qu’on les enseigne, ce qui n’est pas toujours le cas. Il règne aujourd’hui une atmosphère à l’égard des juifs qui me fait penser aux années trente. »
L’inauguration du lycée de Cournonterral, établissement XXL dévoilé par la Région, constitue un moment symbolique fort pour Élisabeth Badinter, qui voit dans l’école le lieu privilégié de transmission des valeurs républicaines.



