La mort de Lyhanna, 3 ans, battue à mort par son beau-père à Épinay-sur-Seine, a suscité une vive émotion et relancé le débat sur les moyens alloués à la protection de l'enfance. Dans une tribune publiée par Le Monde, plusieurs professionnels et associations appellent à un « effort budgétaire massif » pour prévenir ces drames. Selon eux, le système actuel, sous-financé et fragmenté, ne permet pas de détecter à temps les situations de danger.
Un drame qui aurait pu être évité
Lyhanna est décédée le 28 juin 2026, des suites de violences répétées. Son beau-père, déjà connu pour des faits de violence, avait été signalé aux services sociaux, mais aucune mesure de protection n'avait été prise. « C'est un échec collectif », déplore le Dr. Marie Dupont, pédiatre et membre du collectif Enfance en Danger. « Nous manquons de moyens humains et financiers pour suivre chaque enfant en risque. » En France, en 2025, 54 000 enfants étaient suivis par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), mais les professionnels estiment que ce chiffre ne reflète qu'une partie des cas réels.
Des moyens insuffisants
Les signataires de la tribune pointent un « sous-investissement chronique » : le budget de la protection de l'enfance n'a augmenté que de 2 % par an en moyenne depuis 2020, alors que les signalements ont bondi de 15 %. « Chaque année, des enfants meurent parce que les services sont débordés », alerte Jean Martin, directeur d'une association de défense des droits de l'enfant. Ils réclament une hausse de 30 % des crédits dédiés, soit environ 1,5 milliard d'euros supplémentaires. Cette somme permettrait de recruter 5 000 travailleurs sociaux et de créer des unités de suivi intensif.
Un plan d'urgence attendu
Le gouvernement a annoncé une mission d'inspection sur la mort de Lyhanna, mais les associations exigent des actes concrets. « Il ne suffit pas de rapports, il faut de l'argent », insiste la tribune. Le collectif propose notamment de généraliser les visites à domicile obligatoires pour les familles signalées, de renforcer la formation des juges aux affaires familiales et de créer un numéro d'urgence unique pour signaler les violences. En 2025, 47 enfants sont morts sous les coups de leurs parents ou beaux-parents, selon l'Observatoire national de la protection de l'enfance.
Un effort de long terme
Au-delà de l'urgence, les professionnels appellent à une « révolution culturelle » : la protection de l'enfance doit devenir une priorité nationale, au même titre que l'éducation ou la santé. « Chaque euro investi dans la prévention en épargne dix en soins et en justice », rappelle le Dr. Dupont. La tribune conclut : « Lyhanna est morte parce que la société n'a pas su la protéger. Faisons en sorte que son nom soit le dernier. »



