Une entrée discrète dans un immeuble près du centre-ville de Menton. À l'intérieur, le bruit du trafic s'atténue derrière les murs. Des jouets sont disposés sur des étagères, des poupées attendent dans un coin, tandis que des héros de mangas décorent les murs. Des petits fauteuils remplacent les bureaux austères. Rien ne rappelle un commissariat. Ce décor soigné accueille une parole fragile : celle des mineurs victimes.
Un espace dédié aux mineurs victimes
Inaugurée ce mardi 23 juin 2026, la salle Mélanie du commissariat de Menton a été conçue pour recueillir la parole d'enfants victimes de violences sexuelles, de maltraitance ou de violences intrafamiliales. Le cadre est pensé pour les rassurer. « Les enfants sont des victimes très particulières pour lesquelles nous devons avoir des modalités d'audition spécifiques », explique le commissaire Yannick Dupin, chef de la circonscription de Menton. « Le but est de sanctuariser leur parole et de faire en sorte qu'ils puissent être accompagnés au mieux. »
Le nom « Mélanie » fait référence au prénom de la première enfant ayant bénéficié de ce type d'audition dans un cadre judiciaire. Selon Frédéric Pizzini, patron de la Direction interdépartementale de la police nationale (DIPN), « il s'agit de la sixième salle inaugurée sur le département. C'est l'aboutissement d'un processus d'équipement puisque tous les commissariats disposent maintenant de leur salle Mélanie. »
Un investissement de 20 000 euros
La salle mentonnaise a nécessité près de 20 000 euros de travaux, dont 13 000 euros versés par la Région Sud. L'association Soleil Royal 06 a fait don des jouets pour les enfants. Destinée principalement aux enfants de 2 à 10 ans, la salle est utilisée depuis le début de l'année dans les enquêtes portant sur des violences sexuelles, des violences intrafamiliales, des situations de maltraitance ou plus largement chaque fois que l'intérêt de l'enfant est en jeu.
Un dispositif d'audition adapté
Concrètement, l'enfant est reçu par un enquêteur spécialement formé, tandis qu'un second policier suit l'audition depuis une pièce voisine, derrière une vitre sans tain. Grâce à une oreillette, il peut suggérer des questions complémentaires. L'entretien est intégralement enregistré en audio et en vidéo. Les enquêteurs disposent d'une caméra capable de zoomer sur certains gestes ou mises en situation réalisées par l'enfant à l'aide de poupées ou de figurines.
« Un enfant de quatre ou cinq ans n'a pas forcément les mots pour expliquer ce qu'il a vécu. Venir dans un commissariat à cet âge-là, c'est toujours traumatisant », souligne une enquêtrice spécialisée. Les jeux et les objets présents dans la salle deviennent des outils permettant à l'enfant de montrer plutôt que de raconter. Autre avantage : éviter de multiplier les auditions. « Plus un enfant est interrogé sur les mêmes faits, plus il existe un risque d'influence ou d'altération de sa parole », rappelle l'enquêtrice.
Un outil pour la justice
Pour le procureur de la République, Damien Martinelli, l'intérêt du dispositif est plus large. « La parole de l'enfant est centrale dans ces dossiers. Cette salle permet de recueillir cette parole dans les meilleures conditions possibles et de prendre en compte tous les détails qui l'accompagnent, notamment le langage corporel, les mimiques ou les mises en situation. » Les enregistrements réalisés peuvent ensuite être versés à la procédure judiciaire, permettant aux magistrats de disposer d'un témoignage fidèle et complet sans imposer à l'enfant de répéter plusieurs fois son récit.
500 dossiers traités en un an
L'ouverture de cette salle intervient alors que les affaires concernant les mineurs restent nombreuses. Selon le procureur, la police judiciaire de Nice a traité près de 500 dossiers d'atteintes sexuelles ou de violences graves sur mineurs au cours de l'année écoulée. « On est dans des procédures en très grand nombre, on peut parler de masse, malheureusement, et dans cette masse il faut faire du travail de très grande qualité », résume le procureur.
Pour les autorités judiciaires et policières, la salle Mélanie s'inscrit dans un dispositif plus large associant enquêteurs spécialisés, formations dédiées et structures d'accompagnement comme l'Unité d'accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) de la Fondation Lenval. L'objectif commun : permettre aux enfants victimes d'être entendus dans les meilleures conditions possibles, tout en garantissant la qualité des enquêtes judiciaires.



