Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d'État et président de la Commission indépendante sur les Abus sexuels dans l'Église (Ciase) de 2019 à 2021, vient de quitter la présidence de la fondation Apprentis d'Auteuil. Dans un entretien, il alerte sur les carences de la société française en matière de protection de l'enfance, alors que les affaires Bétharram et Lyhanna mettent en lumière les défaillances institutionnelles.
Un constat alarmant sur la prise en compte de la parole des mineurs
« Nous avons en France un problème de prise en compte de la parole des mineurs », déclare Jean-Marc Sauvé. Il estime que les institutions peinent à écouter et à croire les enfants victimes de violences, ce qui conduit à des situations tragiques comme celles révélées par les affaires récentes. Selon lui, la société française, vieillissante et repliée sur elle-même, néglige ses jeunes, en particulier les plus vulnérables.
Le rôle des institutions et la nécessité d'une réforme
L'ancien haut fonctionnaire, qui a été secrétaire général du gouvernement de 1995 à 2006, insiste sur la responsabilité des institutions. « Les affaires Bétharram et Lyhanna montrent que les systèmes de signalement et de protection ne fonctionnent pas correctement », affirme-t-il. Il appelle à une réforme profonde des mécanismes de recueil de la parole des enfants et à une meilleure formation des professionnels en contact avec les mineurs.
Un appel à faire de la jeunesse une priorité nationale
Jean-Marc Sauvé, qui a également été conseiller technique de Robert Badinter au ministère de la Justice en 1981, exhorte les pouvoirs publics à placer la jeunesse au cœur des politiques. « Il est impératif que nous investissions davantage dans la protection de l'enfance et dans le suivi des jeunes en difficulté », dit-il. Il rappelle que la fondation Apprentis d'Auteuil, qu'il a présidée pendant huit ans, accompagne chaque année des milliers de jeunes en situation de fragilité, mais que les moyens restent insuffisants.
Des failles institutionnelles persistantes
Les récentes affaires judiciaires ont mis en évidence des lacunes dans le traitement des signalements de violences sur mineurs. Selon Jean-Marc Sauvé, « il y a un décalage entre les discours et les actes : on parle de protection de l'enfance, mais les moyens alloués ne sont pas à la hauteur ». Il souligne que la Ciase a formulé 45 recommandations pour améliorer la prévention et la réponse aux abus, mais que leur mise en œuvre est encore trop lente.
La parole des enfants : un enjeu de société
Pour l'ancien vice-président du Conseil d'État, la difficulté à entendre les mineurs est un problème culturel. « Nous devons apprendre à écouter les enfants et à les prendre au sérieux », insiste-t-il. Il préconise la mise en place de dispositifs d'écoute indépendants et la formation systématique des acteurs judiciaires, éducatifs et sociaux à la détection des signes de maltraitance.
Un engagement chrétien au service des plus fragiles
Jean-Marc Sauvé, chrétien engagé, a dirigé la Ciase à la demande des évêques de France. Il considère que son action s'inscrit dans une démarche de réparation et de justice. « L'Église a commis des erreurs graves dans le passé, mais elle doit aujourd'hui être exemplaire dans la protection des enfants », déclare-t-il. Il salue les progrès accomplis, mais estime que beaucoup reste à faire, tant dans l'Église que dans la société civile.
Vers une mobilisation générale
En quittant la fondation Apprentis d'Auteuil, Jean-Marc Sauvé entend poursuivre son engagement pour la cause des enfants. Il appelle les citoyens, les associations et les pouvoirs publics à se mobiliser. « La protection de l'enfance n'est pas une affaire de spécialistes, c'est l'affaire de tous », conclut-il. Il espère que les affaires Bétharram et Lyhanna serviront de déclencheur pour une prise de conscience collective et des réformes ambitieuses.



