Le taux de pauvreté en France métropolitaine s'est maintenu à 15,4 % en 2024, soit son plus haut niveau jamais enregistré, selon les données publiées par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ce jeudi 9 juillet. Ce chiffre, stable par rapport à 2023, représente environ 9,5 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 158 euros par mois pour une personne seule.
Une stabilité qui masque des disparités
L'Insee souligne que cette stabilité globale cache des évolutions contrastées selon les catégories de population. Les familles monoparentales et les jeunes adultes (18-29 ans) restent les plus touchés, avec des taux de pauvreté respectifs de 32,5 % et 24,1 %. En revanche, les retraités connaissent une légère amélioration, leur taux passant de 9,8 % à 9,5 %.
« La stabilité du taux de pauvreté à un niveau historiquement élevé est préoccupante, surtout dans un contexte de ralentissement économique », a déclaré Sylvain Moreau, chef du département des statistiques sociales à l'Insee. Il ajoute que « les mesures de soutien au pouvoir d'achat mises en place en 2023 et 2024, comme la revalorisation des prestations sociales, ont permis d'éviter une hausse plus marquée, mais n'ont pas suffi à inverser la tendance ».
Des inégalités territoriales persistantes
Les disparités régionales restent marquées. L'Île-de-France affiche un taux de pauvreté de 16,2 %, légèrement supérieur à la moyenne nationale, tandis que les Hauts-de-France (18,5 %) et la Corse (20,1 %) enregistrent les niveaux les plus élevés. À l'inverse, les Pays de la Loire (10,8 %) et la Bretagne (11,2 %) sont les régions les moins touchées.
Les zones urbaines denses, notamment les banlieues des grandes villes, concentrent des taux de pauvreté plus élevés, atteignant 22 % dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. En milieu rural, le taux est de 13,9 %, mais la précarité y est souvent moins visible.
Impact de l'inflation et des politiques publiques
L'inflation, bien qu'en ralentissement à 2,1 % en 2024 après un pic à 5,2 % en 2023, continue de peser sur les ménages les plus modestes. Les dépenses contraintes (logement, énergie, alimentation) représentent désormais 58 % du budget des 20 % des ménages les plus pauvres, contre 45 % pour la moyenne nationale.
Le gouvernement a mis en avant les revalorisations du RSA (de 4,6 % en avril 2024) et des allocations familiales, ainsi que le bouclier tarifaire sur l'électricité, pour limiter l'impact. Toutefois, les associations caritatives, comme le Secours populaire, estiment que ces mesures restent insuffisantes. « Nous constatons une augmentation de 12 % du nombre de demandes d'aide alimentaire en 2024 », a indiqué sa présidente, Marie-Laure Sauty.
Perspectives pour 2025
L'Insee prévoit une légère baisse du taux de pauvreté à 15,1 % en 2025, sous réserve d'une croissance économique de 1,2 % et du maintien des aides. Cependant, cette projection reste fragile face aux incertitudes budgétaires et à la possible hausse du chômage, actuellement à 7,5 %.
Les experts appellent à des réformes structurelles pour réduire les inégalités, notamment en matière d'accès à l'emploi et au logement. « La pauvreté n'est pas une fatalité, mais elle nécessite des politiques ambitieuses et durables », conclut Sylvain Moreau.



