À Montpellier, Floria Ronchietto, 45 ans, a posé ses maigres affaires en mars dernier. Cinq mois seulement dans cette ville du sud, mais un nouveau chapitre dans une existence faite de départs et de survie. Rencontrée non loin de la gare Saint-Roch, elle livre un témoignage sans détour sur son addiction à l'alcool, qui lui a volé sa santé et sa mobilité.
Un parcours semé de déménagements et de ruptures
Née à Genève, Floria a passé douze ans à Hambourg, douze ans à Toulouse et douze ans à Berne. Fille d'un père artiste d'opéra, elle a beaucoup voyagé : Danemark, Italie... « J'ai toujours été immigrée dans des pays différents », raconte-t-elle. Sur le plan scolaire, elle a obtenu un bac puis un Bac+2 en droit. Sa vie d'adulte a débuté de manière classique : « Après mes études, j'ai pris mon appart », se souvient-elle. Elle a enchaîné les petits boulots : restauration, supermarché, station-service, puériculture, magasinage.
Mais les difficultés se sont accumulées : burn-out, une relation de cinq ans avec un joueur compulsif du PMU, une rupture avec ses parents qui la traitaient « comme une moins-que-rien ». Puis sont venues les addictions.
« L'alcool, c'est la pire des merdes »
« J'ai touché à la drogue, l'alcool j'y suis encore... C'est une addiction, c'est la pire des merdes l'alcool », déplore Floria. Elle boit depuis ses 25 ans, soit vingt ans d'alcoolisme. Aujourd'hui, cette consommation lui a causé des séquelles physiques graves. « J'ai mes jambes qui sont brouillées par l'alcool, c'est comme s'il y avait des milliers de fourmis rouges qui me piquaient la plante des pieds », décrit-elle. Les symptômes durent depuis deux ans et s'accentuent par temps humide et froid. Elle peine désormais à marcher.
Interrogée sur les raisons profondes de sa descente, elle a esquivé la question, la jugeant « trop personnelle ».
Survivre dans la rue à Montpellier
Floria est sans-abri depuis un an et demi. Pour dormir, elle a trouvé un abri précaire : « Je dors dans une cave, grâce à un homme qui m'a proposé cet espace après m'avoir vue dormir dehors », explique-t-elle, émue. « Il existe des anges », sourit-elle. Pour vivre dans la rue, « il faut être patient, très patient », selon elle. Le regard des passants, elle s'en moque et leur « rit au nez ». « Ils se disent 'moi j'ai un boulot, j'ai des fringues nickels, toi t'es une merde' mais moi je m'en fous », lance-t-elle sèchement. Elle n'a « plus foi en l'humanité ».
L'une des plus grandes difficultés est de se nourrir. « La maraude passe le soir, le Secours Catholique et la Croix-Rouge aussi, mais s'il n'y a pas beaucoup de monde, ils ne viennent pas », regrette-t-elle.
Des espoirs pour l'avenir
Malgré tout, Floria garde un rêve : renouer avec le dessin, une passion qu'elle n'a pas pratiquée depuis « longtemps ». En attendant, elle continue de se battre chaque jour, avec pour seul bagage son courage et ses souvenirs.



