Félicité Herzog, née en 1985, est l'héritière d'une des plus grandes fortunes françaises, celle de la famille Herzog, propriétaire du groupe de luxe Hermès. Pourtant, elle a choisi de se détourner de ce privilège pour embrasser une cause radicale : la lutte contre les inégalités et le capitalisme. Dans un entretien accordé à Libération, elle revient sur son parcours, marqué par un « fracas de conscience ».
Une enfance dorée, une révélation tardive
Félicité Herzog a grandi dans un univers de luxe et de privilèges. Elle raconte avoir été « élevée dans l'idée que l'argent était tabou » et que sa famille « ne parlait jamais de politique ». C'est lors de ses études à Sciences Po Paris qu'elle commence à prendre conscience des inégalités. « J'ai réalisé que ma vie était une bulle, déconnectée de la réalité de la majorité des gens », explique-t-elle.
Son déclic survient en 2015, lorsqu'elle assiste à une conférence sur les inégalités. « J'ai entendu des chiffres qui m'ont glacée : 1% de la population mondiale possède plus de la moitié des richesses. Je me suis dit : 'C'est mon monde, c'est ma famille, c'est moi.' »
L'engagement politique et le renoncement
Depuis, Félicité Herzog s'est engagée dans des associations de lutte contre la pauvreté et a rejoint le parti politique La France Insoumise. Elle a également renoncé à son héritage, estimant que « l'argent sale ne peut pas être blanchi par des actions caritatives ». « J'ai choisi de vivre avec 1 500 euros par mois, comme beaucoup de Français », affirme-t-elle.
Son histoire a été largement médiatisée, suscitant à la fois admiration et critiques. Certains l'accusent de « faire son intéressante » ou de « jouer la révolutionnaire de salon ». Mais elle assume : « Je préfère être critiquée que de rester silencieuse face à l'injustice. »
Un livre pour témoigner
Félicité Herzog a publié un livre, Le Fracas de la conscience, dans lequel elle détaille son cheminement. Selon elle, « la prise de conscience est un processus douloureux, mais nécessaire ». Elle y dénonce également le système qui « permet à une poignée de familles de cumuler des richesses indécentes pendant que des millions de personnes luttent pour survivre ».
Le livre a rencontré un certain succès, avec plus de 20 000 exemplaires vendus. Pour elle, c'est une manière de « mettre des mots sur un malaise partagé par beaucoup d'héritiers qui ne savent pas quoi faire de leur privilège ».
Un appel à la désobéissance fiscale
Dans son ouvrage, Félicité Herzog appelle les riches à « désobéir fiscalement » en refusant de payer l'impôt sur la fortune (ISF) ou en utilisant des paradis fiscaux. « Il faut casser le système de l'intérieur », dit-elle. Elle-même a cessé de déclarer ses revenus de capitaux mobiliers, ce qui lui a valu un redressement fiscal de 200 000 euros. « Je ne paierai pas, je considère que c'est de l'argent volé au peuple », lance-t-elle.
Son geste a été salué par certains militants altermondialistes, mais critiqué par d'autres, qui y voient une provocation inutile. « Je ne cherche pas à être un modèle, mais à montrer qu'une autre voie est possible », répond-elle.
Un avenir incertain
Félicité Herzog vit désormais dans un petit appartement à Paris, avec son compagnon, et travaille comme assistante sociale. Elle dit avoir « trouvé une forme de paix intérieure » en se mettant au service des autres. « Je ne regrette rien, même si j'ai perdu des amis et une partie de ma famille », confie-t-elle.
Son histoire interroge sur la responsabilité des héritiers et la possibilité d'une rédemption sociale. « Chacun doit faire son examen de conscience », conclut-elle.



