Un parcours semé d’embûches pour Dany Leprince
Ce jeudi 7 mai 2026, la Cour de révision examine la nouvelle requête de Dany Leprince, condamné à la perpétuité pour un quadruple meurtre en 1994 dans la Sarthe et pour lequel il entend faire valoir son innocence. Depuis 1945, seuls 12 condamnés aux assises ont obtenu la révision de leur procès. Un chiffre qui souligne le caractère « tout à fait exceptionnel » de ces réhabilitations. Selon les archives judiciaires et les rapports de la Cour de cassation, la justice française n’a admis son erreur qu’à 12 reprises en l’espace de quatre-vingts ans.
Une procédure verrouillée
Malgré une loi de 2014 visant à simplifier les procédures, l’annulation d’une condamnation criminelle reste une décision « rarissime ». Le cas de Dany Leprince, dont la demande est examinée ce 7 mai 2026, s’inscrit dans cette quête de vérité face à une institution qui n’autorise la révision que si un « élément nouveau » ou un « fait inconnu » au moment du procès est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité.
Les pionniers : de Deshays à Agret
Le premier dossier emblématique est celui de Jean Deshays (1955). Ce docker, condamné en 1949 à vingt ans de travaux forcés pour le meurtre d’un fermier, a vu son innocence reconnue après la découverte fortuite des véritables auteurs en 1952. En 1969, Jean-Marie Deveaux est acquitté après avoir été condamné en 1963 pour l’assassinat de la fille de ses patrons, près de Lyon. Ce dossier est historique car il a forcé la création d’une loi sur l’indemnisation des victimes d’erreurs judiciaires.
Dans les années 1980, deux figures marquent l’opinion. Roland Agret (1985), condamné pour l’assassinat d’un garagiste, mène un combat spectaculaire – grève de la faim, escalade du toit de sa prison, mutilations – pour prouver son innocence et obtenir une indemnisation à la hauteur du préjudice. La même année, Guy Mauvillain (1985) est réhabilité. Condamné pour le meurtre d’une retraitée à La Rochelle, il a bénéficié d’un second procès après que des neurologues ont mis en doute la lucidité de la victime au moment de ses accusations initiales.
L’ère de la preuve scientifique et des aveux tardifs
En 1999, c’est Rida Daalouche qui est blanchi grâce au certificat médical fourni par ses proches prouvant qu’il suivait une cure de désintoxication le jour du meurtre. Patrick Dils (2002), plus jeune condamné à perpétuité en 1989, est innocenté après que la présence du tueur en série Francis Heaulme sur les lieux du crime a été établie. Marc Machin (2012) est réhabilité après les aveux d’un SDF en 2008 dont les empreintes génétiques correspondaient aux prélèvements. En 2014, Abdelkader Azzimani et Abderrahim El-Jabri, condamnés pour le meurtre d’un dealer, sont acquittés grâce à des traces d’ADN désignant d’autres suspects.
Les victimes de mensonges
Les dossiers les plus récents soulignent la fragilité du témoignage humain. Loïc Sécher (2011) et Christian Iacono (2015) ont tous deux été condamnés pour viols avant que leurs accusateurs ne reconnaissent avoir menti ou avoir été influencés par des conflits familiaux. Le 12e nom, Farid El Haïry (2022), clôt cette liste. Condamné en 2003 pour viol, il a été réhabilité vingt ans plus tard après que la plaignante a confessé avoir « inventé les faits ».
Alors que de grands noms comme Omar Raddad ou Seznec ont vu leurs requêtes systématiquement rejetées, cette liste de 12 noms demeure, selon les magistrats, l’exception confirmant la règle de l’infaillibilité relative de la justice.



