Rapport accablant sur les finances de la mosquée En-Nour à Nice
Rapport accablant sur les finances de la mosquée En-Nour

Le rapport du commissaire aux comptes indépendant, commandé par la justice dans le cadre de la mise sous tutelle de la mosquée En-Nour à Nice-Ouest, a été présenté au conseil d’administration mardi 28 juillet. Ces conclusions, que Nice-Matin a pu consulter, font apparaître 181 000 euros d’anomalies dans les comptes de l’association culturelle et cultuelle Nice La Plaine, qui gère le lieu de culte, entre 2023 et 2025.

La mosquée, qui vit essentiellement de dons de fidèles versés en espèces et de contributions de riches étrangers, est sous tutelle depuis octobre dernier. L’administratrice judiciaire Me Bélinda Siragusano, du cabinet Huertas, désignée par le tribunal, achève sa mission dans un climat extrêmement tendu, alors que la brigade de la criminalité financière poursuit ses auditions dans une enquête pour abus de confiance et blanchiment ouverte après la découverte, en septembre 2025, de 126 000 euros en liquide dans le bureau de l’imam Mahmoud Benzamia.

Des anomalies en cascade dans les comptes

L’audit indépendant, qui a épluché les trois derniers exercices de la mosquée, épingle « l’opacité » de la gestion. Le rapport liste notamment :

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  • « Aucune procédure claire » de gestion des fonds ;
  • « l’argent liquide n’était pas tracé » ;
  • un « écart de caisse de 18 000 euros » ;
  • des « chèques non identifiés en attente » pour 11 000 euros ;
  • des « comptes non fiables ».

Le commissaire aux comptes relève également que « l’association perçoit des virements en provenance de l’étranger, sans qu’un état séparé des avantages et ressources ainsi perçus n’ait été établi ». Il s’inquiète aussi des notes de frais de l’imam Mahmoud Benzamia, qui devraient « être appuyées de justificatifs » selon le rapport.

126 000 euros en grosses coupures dans le coffre de l’imam

Le point le plus sensible reste l’exercice 2025. En septembre dernier, sous la pression de fidèles qui s’interrogeaient sur la gestion de la mosquée, 126 000 euros en grosses coupures avaient été découverts dans le coffre-fort du bureau de l’imam. Une somme dont le religieux peine toujours à expliquer la provenance, selon les éléments de l’enquête.

Cette découverte a déclenché une guerre interne. Adil Echaoui, président de l’association, a alerté et saisi la justice dès l’automne 2025, évoquant de possibles détournements de fonds. Le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, a alors transmis un signalement au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, et le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a ouvert une enquête pour « abus de confiance et blanchiment ».

Depuis, deux clans se déchirent : celui d’Adil Echaoui et celui des partisans de l’imam. L’ambiance est délétère, faite de menaces de mort et de pressions, et les révélations sur les finances de la mosquée attisent encore les tensions.

« Une dérive sectaire », selon l’avocat du président

Philippe Samak, avocat d’Adil Echaoui, estime que « ces rapports, très inquiétants, sont contraires à tout ce qui a fait En-Nour et l’association à but non lucratif qui l’a fondée. L’on ne peut que s’interroger sur le caractère sectaire de cette dérive au détriment de l’intérêt des fidèles. »

De son côté, Ouassini Mebarek, avocat et membre du conseil d’administration d’En-Nour, concède « des manquements » mais assure qu’il n’y a « aucune infraction pénale, aucune irrégularité. On va suivre les recommandations émises par le commissaire aux comptes et l’enquête sera classée sans suite. » Il charge au passage Adil Echaoui : « Il est président et trésorier donc responsable de la situation. »

Le président confirmé par la justice, en attendant l’assemblée générale

Le clan Benzamia a tenté d’évincer Adil Echaoui, sans succès. Dans une ordonnance de référé datée du 24 juin, le tribunal administratif de Nice a confirmé le président à son poste jusqu’à « la tenue d’une prochaine assemblée générale extraordinaire », une réunion qui n’est toujours pas programmée à ce jour.

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Adil Echaoui assume son choix : « Responsable de l’association, j’ai dû exercer mon droit d’alerte : opacité sur l’argent de l’école, opacité sur les rémunérations de l’imam, opacité sur la quête de l’Aïd 2026 (710 euros déclarés contre 8 552 euros collectés) et opacité sur les 126 485 euros en coffre de Mahmoud Benzamia. Tous les membres, hormis l’imam, l’ignoraient. Sans réponse à nos questions, la loi républicaine s’impose en matière de gestion : seule la transparence sortira En-Nour et la communauté de l’ouest de la ville par le haut. »

L’enquête de la brigade de la criminalité financière se poursuit. La question de la régularité des financements de la mosquée, notamment ceux venus de l’étranger, reste au cœur des investigations.