Le procès du financement libyen de Nicolas Sarkozy entre dans sa phase décisive
Le procès historique concernant le financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 entre dans sa sixième semaine d'audience, avec un mois supplémentaire prévu avant la clôture des débats. Le président du tribunal, Olivier Géron, a demandé aux parties civiles de préparer l'ordre des plaidoiries, qui débuteront le 4 mai, précédant les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense jusqu'au 27 mai.
La confrontation finale s'annonce explosive
Avant cette ultime phase, le tribunal doit accomplir plusieurs formalités importantes. L'examen de la personnalité des onze prévenus est programmé pour la semaine prochaine, mais c'est surtout la confrontation du 29 avril qui retient toute l'attention. Ce jour-là, Nicolas Sarkozy sera confronté une dernière fois aux positions de son ancien ministre Brice Hortefeux et de son ex-collaborateur Claude Guéant.
Claude Guéant, absent pour raisons médicales mais dispensé de détention malgré sa condamnation à six ans de prison en première instance, pourrait s'exprimer à nouveau par avocats interposés. Son défenseur, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a lancé un avertissement sans équivoque : « Il ne faut pas chercher Claude Guéant. Si on devait encore l'attaquer, il réagirait ».
Les révélations qui ont ébranlé le procès
La semaine dernière, l'avocat de Claude Guéant a semé l'émoi en lisant une lettre de trois pages dans laquelle « le cardinal » répondait aux accusations de son ancien patron. Pour la première fois, Nicolas Sarkozy avait émis des doutes sur la probité de son ex-collaborateur, le décrivant comme un « Janus » dont il avait découvert « certains aspects plus personnels » avec stupéfaction.
La réplique écrite de Guéant s'est révélée tout aussi meurtrière. L'ancien secrétaire général de l'Élysée a laissé entendre qu'il aurait pu rendre compte à Sarkozy de sa rencontre avec Abdallah Senoussi, le numéro 2 du régime libyen, le 30 septembre 2005. Cette rencontre constitue, selon l'accusation, le point de départ du « pacte de corruption » scellé avec le régime libyen.
Le circuit financier complexe des 500 000 euros
Pendant ce temps, la cour examine minutieusement le circuit des 500 000 euros que Claude Guéant est soupçonné d'avoir perçus. L'argent aurait transité par les comptes du milliardaire saoudien Khalid Ali Bugshan, actuellement jugé par défaut et visé par un mandat d'arrêt international.
Le montage financier révèle une complexité redoutable : en février 2008, 500 000 euros quittent le compte de Bugshan à Djeddah, transitent par un cabinet d'avocats malaisien avant d'atterrir sur le compte BNP Paribas de Claude Guéant. Deux ans plus tard, 600 000 euros empruntent le chemin inverse pour rembourser Bugshan, avec des annotations manuscrites « AD » (Alexandre Djouhri) et « SKB » (Saudi Khalid Bugshan) sur les relevés bancaires.
Le système de « chambre de compensation occulte »
Les enquêteurs ont découvert chez Wahib Nacer, banquier franco-tunisien gérant la fortune des Bugshan, des centaines de relevés bancaires annotés constituant une « véritable chambre de compensation occulte ». Ce système permettait de créer des sous-comptes invisibles pour diverses personnes, dont Alexandre Djouhri qui payait toutes ses dépenses courantes depuis les comptes Bugshan.
L'argent remboursant Bugshan proviendrait du détournement de fonds du Libyan African Portfolio, qui a acquis pour plus de 10 millions d'euros une villa valant seulement 1,8 million, propriété réelle d'Alexandre Djouhri dissimulée derrière un entrelacs de sociétés écran.
Les enjeux de la dernière ligne droite
La confrontation du 29 avril s'annonce donc déterminante pour Nicolas Sarkozy, dont la défense a été ébranlée par la révélation de Guéant concernant la phrase « Claude, voyez cela » prononcée par l'ancien président après une demande de Kadhafi concernant Senoussi.
Wahib Nacer, condamné en première instance à quatre ans de prison et deux millions d'euros d'amende, doit être entendu ce mardi 21 avril. Sa défense se résume à une formule : « Dans la banque privée, chacun fait ce qu'il veut de son argent ».
Alors que le procès entre dans sa phase finale, tous les regards sont tournés vers la confrontation du 29 avril qui pourrait déterminer l'issue de cette affaire judiciaire majeure, avec des implications politiques considérables et des peines potentiellement lourdes pour les principaux prévenus.



