Quatre ans après l'agression mortelle d'Yvan Colonna, le parquet antiterroriste requiert un procès
Procès requis pour l'agression mortelle d'Yvan Colonna en prison

Quatre ans après l'agression mortelle d'Yvan Colonna, la justice antiterroriste passe à l'offensive

Le parquet national antiterroriste a formellement requis, le 20 février, le renvoi de Franck Elong Abé devant une cour d'assises spécialement composée. Cet homme de 39 ans est accusé d'avoir mortellement agressé le militant indépendantiste corse Yvan Colonna dans la prison d'Arles, située dans les Bouches-du-Rhône. L'événement tragique s'est produit le 2 mars 2022, alors que Colonna purgeait une peine de réclusion à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998.

Une agression violente dans l'enceinte carcérale

Franck Elong Abé, un détenu radicalisé classé comme détenu particulièrement signalé (DPS) depuis novembre 2015 en raison de sa dangerosité et de son instabilité, a violemment attaqué Yvan Colonna dans la salle de sport de l'établissement pénitentiaire. Le militant corse, grièvement blessé, a été transféré vers un hôpital marseillais où il est décédé deux semaines plus tard, le 21 mars 2022. Au moment des faits, Abé purgeait plusieurs peines, dont neuf ans d'emprisonnement pour association de malfaiteurs terroriste, et était libérable en décembre 2023.

Des versions contradictoires sur les motivations de l'acte

Les avocats de la famille d'Yvan Colonna, Anna Maria Sollacaro et Dominique Paolini, ont exprimé de sérieuses réserves concernant le déroulement de l'instruction judiciaire. Ils estiment que plusieurs aspects essentiels n'ont pas été suffisamment explorés. Initialement, Franck Elong Abé avait affirmé avoir agi seul, motivé par des propos qu'il attribuait à Colonna sur le prophète Mahomet. Cependant, en mars 2024, il a évoqué dans un courrier au juge d'instruction un acte commandité par des personnes qu'il présentait comme des agents de l'État, des allégations formellement démenties par le ministère de l'Intérieur.

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Les conseils de la famille déplorent qu'aucun représentant des services de renseignement n'ait été entendu au cours de l'enquête. Une source proche du dossier souligne que les déclarations d'Abé doivent être considérées avec prudence, compte tenu de son état psychiatrique et des incohérences relevées dans ses écrits.

Des dysfonctionnements pénitentiaires pointés du doigt

Les circonstances de l'agression soulèvent de graves interrogations. Aucun agent pénitentiaire n'était présent dans la salle de sport au moment des faits, et les caméras de surveillance étaient en maintenance. Une commission d'enquête parlementaire, dans un rapport publié en mai 2023, a mis en lumière de graves défaillances dans l'évaluation de la dangerosité de Franck Elong Abé, ainsi que des dysfonctionnements généraux au sein de l'établissement.

En février 2025, l'État a été condamné par le tribunal administratif de Marseille à verser 75 000 euros aux héritiers d'Yvan Colonna pour manquements fautifs de l'administration pénitentiaire. Le jugement a notamment retenu un défaut de surveillance des détenus et l'absence d'inscription d'Abé en quartier d'évaluation de la radicalisation. Une enquête préliminaire ouverte en 2023 concernant ces manquements a été classée sans suite en octobre 2025 par le parquet de Tarascon.

Une affaire aux répercussions politiques et sociales

La mort d'Yvan Colonna a provoqué une vague d'émotion et de mobilisation en Corse, avec de nombreuses manifestations organisées par les lycéens et étudiants, parfois marquées par des débordements. Cette affaire complexe, à la croisée des enjeux sécuritaires, judiciaires et politiques, continue de susciter de vives interrogations sur le fonctionnement du système carcéral et la lutte contre la radicalisation en milieu pénitentiaire.

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