Le procès de l'ancien patron de l'OCRTIS s'achève sur une demande de relaxe
Le procès de François Thierry, l'ancien responsable de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS), s'est conclu ce mercredi par les plaidoiries finales de ses avocats. Ces derniers ont fermement demandé la relaxe du policier, poursuivi pour complicité d'un trafic de drogue présumé mené par son ancien indicateur, Sofiane Hambli.
Une défense qui ne tremble pas face aux réquisitions
Dès le début de la semaine, les réquisitions du parquet de Bordeaux n'avaient pas ébranlé Me Francis Szpiner, l'un des avocats de François Thierry. Si confiant que, réconforté par les arguments du ministère public en faveur de la relaxe de son client, le ténor du barreau parisien s'était même assoupi sur le banc de la défense. Ce mercredi, lors de la clôture des plaidoiries, l'avocat de l'ex-patron de l'OCRTIS avait peu à ajouter, mais son discours était empreint d'une colère palpable.
« Je suis en colère car un homme qui a consacré toute sa vie à la lutte contre le trafic comparait devant vous sous l'accusation la plus infamante qui puisse être », a-t-il déclaré en ouverture. Me Szpiner a ensuite retracé l'origine de l'affaire, remontant à la saisie spectaculaire des douanes le 17 octobre 2015 sur le Boulevard Exelmans. Cet événement, qui a mis en lumière le dispositif de livraison surveillée de l'OCRTIS, a selon lui déclenché une chasse aux sorcières contre François Thierry, exacerbée par la présence médiatique du président de la République devant les ballots de drogue.
La stratégie Myrmidon : entre succès et fiasco
Baptisée Myrmidon, la stratégie des livraisons surveillées mise en œuvre dès 2010 avait permis à l'OCRTIS de laisser entrer sur le territoire au moins 12 tonnes de cannabis dans l'espoir de remonter aux commanditaires. Cette approche avait fait la renommée du service et de son patron. Cependant, le relâchement de la surveillance de la cargaison, confiée à l'indic Sofiane Hambli, a conduit à un fiasco retentissant en octobre 2015, Hambli étant soupçonné d'avoir profité de la situation pour écouler la drogue.
Me Angélique Peretti, l'autre avocate du policier, a souligné l'ambiguïté de cette stratégie : « Cette stratégie est mise en œuvre pendant cinq ans et personne, aucun magistrat ne s'y oppose, personne ne dit stop. Quand elle fonctionne, tout le monde se félicite. Mais quand ça commence à aller mal, certains sont frappés d'amnésie et on essaye de trouver un coupable ».
Reconnaissance d'erreurs, mais refus de la complicité
Sur le fond, la défense admet des « erreurs professionnelles » dans la gestion de l'opération, notamment une « erreur collective d'évaluation de la crédibilité d'un informateur ». Toutefois, elle rejette catégoriquement toute accusation de complicité. Me Szpiner a qualifié d'« audacieuse » et même de « délirante en droit » l'interprétation des juges d'instruction, selon laquelle des abstentions, comme la levée des surveillances, pourraient constituer de la complicité. Il insiste sur l'absence d'intentionnalité et d'enrichissement personnel de François Thierry, éléments essentiels pour caractériser une infraction pénale.
Un dossier aux interprétations divergentes
Le tribunal se trouve face à deux lectures opposées de l'affaire. D'un côté, le parquet et la défense reconnaissent une « responsabilité » du policier dans le « naufrage » de l'opération, attribuée à de mauvais choix opérationnels face à la « duplicité » de Sofiane Hambli. De l'autre, les juges d'instruction estiment que l'intensité des erreurs traduit une volonté de « favoriser » le trafic de Hambli.
Au cours des trois semaines d'audience, marquées par l'absence de Sofiane Hambli, incarcéré au Maroc, la présence du policier et de son indic parmi les 18 prévenus a donné une dimension exceptionnelle à ce procès. Me Hugo Hoarau, défendant un homme suspecté d'avoir été conducteur dans un go fast, a regretté que « la matérialité des faits reprochés à mon client s'examine sous les éclats de voix d'un dossier brûlant ».
Le tribunal rendra sa décision le mardi 31 mars, clôturant ainsi une affaire qui a secoué les milieux policiers et judiciaires.



