Le mystère de l'appel téléphonique au cœur du procès
Au tribunal correctionnel de Soissons, l'ombre d'Elisa Pilarski plane sur l'audience. Son oncle et sa mère réclament une seule chose : savoir ce qu'a réellement dit la jeune femme de 29 ans, enceinte de six mois, lors de son ultime appel à Christophe Ellul, le 16 novembre 2019. « Elle m'a dit qu'elle était mordue par des chiens. Elle avait du mal à tenir Curtis, je lui ai dit : lâche-le », répète inlassablement l'accusé depuis près de sept ans, du premier interrogatoire à son procès.
Les doutes de la famille et les zones d'ombre
La version de Christophe Ellul ne convainc pas l'oncle de la victime. « Il y a des choses pas claires », lance-t-il à la volée. La mère d'Elisa, très proche de sa fille, souhaite elle aussi « savoir ce qu'Elisa a dit exactement à Christophe quand elle l'a appelé au secours ». Pour cette mère endeuillée, si sa fille a contacté son compagnon, « c'est parce qu'elle ne savait pas comment maîtriser Curtis à ce moment-là », sinon elle aurait appelé les secours.
L'avocat des parties civiles, maître Guillaume Demarcq, représentant la société nationale de vénerie, rappelle que cet appel a duré 2 minutes 15 secondes. « Cet ultime appel téléphonique d'Elisa gardera un certain nombre de secrets », souligne-t-il dans sa plaidoirie. À partir de 13h23, Christophe Ellul rappelle la victime à 22 reprises, mais Elisa ne répond plus jamais.
Les preuves accablantes et les contradictions
Face aux éléments du dossier, Christophe Ellul a fini par flancher. Les preuves qu'il réclamait, notamment la taille des plaies comparée aux mesures des mâchoires des différents animaux présents dans la forêt de Retz le jour du drame, se sont révélées accablantes. Le scalp de la victime, ce morceau de chair et de cheveux sur lequel a été retrouvé l'ADN du chien Curtis et aucun autre ADN canin, constitue une pièce majeure.
« Comme si Curtis avait mâché les cheveux d'Elisa, c'est très signifiant », pointe la procureure dans son réquisitoire. « Ça ne peut être que Curtis », a lâché l'accusé au deuxième jour d'audience, avant de se rétracter le lendemain. Des doutes subsistent dans son esprit : « Quand vous m'avez annoncé 56 morsures pour un seul chien, est-ce que ça ne fait pas beaucoup ? »
L'heure d'inconnue et les interprétations divergentes
Les premiers intervenants, quatre personnes en tout, ont immédiatement suspecté que les plaies, de différentes profondeurs et tailles, n'avaient pas pu être causées par un seul chien. « Une zone d'ombre du dossier », que tient à mettre en évidence l'avocate de l'association Une niche pour tous. Mais la procureure tente de convaincre : « Plusieurs plaies peuvent être liées à une même fermeture de mâchoire. Un même chien peut mordre de différentes manières. »
Entre le dernier appel d'Elisa Pilarski à 13h19 et l'arrivée de Christophe Ellul sur place, plus d'une heure s'est écoulée. Curtis « est resté 1h20 tout seul quand votre compagne est décédée. Personne ne saura jamais ce qu'il a fait. Mais c'est un fait à prendre en considération », rappelle la présidente Armelle Radiguet à l'accusé.
La thèse de l'accusation et la demande de sanction
La procureure Laureydane Ortuno développe sa thèse : « À votre question : pourquoi mon chien aurait-il attaqué ma femme au milieu d'une chasse à courre ? La réponse c'est parce que ce chien-là, où il avait l'habitude de jouer, a été excité par les aboiements des chiens de meute qui ont reproduit l'ambiance des concours [auxquels participait Curtis] et il a remonté la laisse et il l'a chopée elle. Comment vous voulez qu'elle s'en sorte ? On a vu les vidéos. »
Cette analyse violente laisse l'accusé abattu, incapable de retenir ses larmes. Lui qui a longtemps cru être au cœur d'un complot impliquant gendarmes et chasseurs montre peut-être un signe de doute. Peut-être commence-t-il à reconnaître une responsabilité dans la mort de sa compagne.
Après avoir « démontré que Curtis a initié l'attaque » pendant une heure et demie et demandé la « requalification des faits en homicide involontaire sans circonstance aggravante », la représentante du ministère public a requis la condamnation de Christophe Ellul à quatre ans de prison avec sursis intégral. Considérant l'animal « encore plus dangereux aujourd'hui », elle demande également l'euthanasie du chien Curtis.



