Un ancien policier confronté à ses crimes devant la cour criminelle
Un procès particulièrement lourd s'est ouvert ce lundi à la cour criminelle de Seine-et-Marne. Jean-Pierre D., 58 ans, ancien fonctionnaire de police, est jugé pour le viol aggravé d'Armandina P., une ressortissante angolaise sans titre de séjour. Les faits remontent à 2023, lorsque la victime s'est présentée au commissariat pour porter plainte contre son conjoint pour des violences conjugales.
Une agression répétée dans l'enceinte même du commissariat
Selon l'accusation, l'ancien policier a profité de sa position d'autorité pour contraindre à deux reprises Armandina P. à lui faire une fellation. La première agression aurait eu lieu lors du dépôt de plainte initial. Quelques jours plus tard, Jean-Pierre D. aurait convoqué à nouveau la victime sous un prétexte professionnel, reproduisant les mêmes actes criminels.
Initialement, l'accusé avait nié en bloc ces viols aggravés, des faits qui peuvent lui valoir jusqu'à 20 années d'emprisonnement. Cependant, devant les juges, il a finalement reconnu l'ensemble des accusations portées contre lui.
Des excuses qualifiées de "larmes de crocodile" par la victime
Lors de l'audience, Jean-Pierre D., homme au crâne rasé et à la silhouette fine, s'est longuement répenti. D'une voix parfois peu audible et empreinte de trémolos, il s'est décrit comme un individu "dégueulasse", assumant l'entière responsabilité de ses actes. "Je suis entièrement responsable de tout ça", a-t-il déclaré, présentant ses excuses à Armandina P. en précisant : "C'est vous la victime, c'est pas moi".
Ces excuses ont été accueillies avec un profond scepticisme par la plaignante, qui les a qualifiées de "larmes de crocodile". L'ancien policier, visiblement tremblant, a tenté d'expliquer ses premières dénégations : "J'ai fait du mal. Je ne voulais pas le voir, je ne voulais même pas l'entendre".
Un profil contrasté : du "prédateur sexuel" à l'homme "doux"
Le portrait de l'accusé qui se dessine au fil des témoignages apparaît profondément contradictoire. Une ancienne compagne l'a décrit sans ambages comme un "prédateur sur le plan sexuel", rappelant qu'il avait déjà été condamné en 2010 pour exhibition sexuelle envers plusieurs factrices.
À l'inverse, sa dernière compagne, encore visiblement bouleversée par les événements survenus alors qu'ils formaient encore un couple, a dressé le portrait d'un homme "tempéré", "calme", "doux" et "rassurant". Cette dualité a amené le président de la cour à évoquer la figure du "docteur Jekyll et mister Hyde".
L'accusé lui-même a reconnu ses problèmes profonds, déclarant : "Le problème dans ma vie avec les femmes, c'est pas les femmes, c'est moi".
Un passé marqué par la violence et les agressions sexuelles
La première matinée d'audience a été consacrée à retracer le parcours de vie de Jean-Pierre D., baigné dès l'enfance dans un climat de violence familiale. Il a grandi sous ce qu'il a décrit comme la "chape de béton" d'un père alcoolique et ultraviolent.
Le drame personnel de l'accusé est encore plus sombre : il a été victime de viols répétés entre l'âge de 4 et 9 ans par un frère aîné, puis à la préadolescence par un professeur de judo. "J'ai toujours vécu dans ma plus tendre enfance avec la prédominance de la sexualité et de la violence", a-t-il confié à la cour.
Une volonté affichée de changement et de réparation
Face à l'ampleur des faits et à son propre passé traumatique, Jean-Pierre D. affirme aujourd'hui avoir entamé un suivi psychologique sérieux. Son objectif déclaré est double : ne "pas continuer à vivre comme ça" et faire en sorte qu'il n'y ait pas "d'autres madame P." à subir ses agissements.
Le procès se poursuit devant la cour criminelle de Seine-et-Marne, où les juges devront déterminer la sanction appropriée pour ces viols aggravés commis par un représentant de l'ordre en position d'autorité sur une femme particulièrement vulnérable, venue chercher protection auprès des institutions.



