Des pneus Goodyear incriminés dans des accidents mortels toujours en usage
La lanceuse d'alerte Sophie Rollet affirme avec force que des pneus Goodyear, mis en cause dans plusieurs accidents mortels impliquant des poids lourds, continuent de circuler sur les routes. Cette situation persiste malgré les procédures judiciaires engagées, dont une enquête ouverte à Besançon portant sur trois collisions survenues en France en 2014 et 2016, ayant provoqué quatre décès au total.
Une décision judiciaire controversée
Mercredi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon a rendu une décision en faveur du fabricant américain de pneumatiques. Les avocats de Goodyear avaient demandé le retrait de documents saisis lors de perquisitions en 2024, incluant des échanges de mails significatifs entre des avocats et le manufacturier. Sophie Rollet, veuve d'un chauffeur routier victime d'un éclatement de pneu, déplore cette décision. Elle la qualifie de simple effet de procédure qui va encore retarder les choses et permettra à Goodyear de prétendre, lors d'un éventuel procès, qu'il n'y a plus de pneus incriminés sur les routes.
Des alertes persistantes et des procédures renforcées
Lors de l'audience du 25 février, Sophie Rollet a pu informer les conseils de Goodyear que de multiples alertes de terrain, émanant de techniciens pneus ou de conducteurs, lui étaient encore parvenues en 2025. Par ailleurs, depuis les mises en examen de deux entités du manufacturier en mai 2025 à Besançon pour tromperies, plusieurs procédures concernant de nouveaux accidents mortels de poids lourds survenus en 2025 ont été renforcées par les directeurs d'enquêtes et magistrats dédiés.
Une veille active et des chiffres alarmants
Sophie Rollet, qui effectue une veille active depuis une dizaine d'années sur ce sujet, estime qu'environ 50 000 pneus incriminés sont encore en circulation dans le monde. Les investigations ont révélé que plusieurs accidents ont été provoqués par l'éclatement du pneu avant gauche des camions, entraînant une perte de contrôle du véhicule. Le géant américain est accusé d'avoir eu connaissance d'un défaut de fabrication de ces modèles sans en avoir averti ses clients.
Les réponses de Goodyear et les limites des programmes d'échange
À partir de 2013, Goodyear a mis en place des programmes volontaires d'échange. Le groupe affirme avoir contacté directement et de manière proactive ses distributeurs et clients. Il soutient qu'aucun pneu couvert par le programme d'échange n'est encore en service, compte tenu du cycle de vie normal d'un pneu. Cependant, Goodyear n'a pas procédé à une campagne de rappel impératif des pneus concernés. En avril 2025, Étienne Manteaux, alors procureur de la République de Besançon, avait indiqué que certains de ces pneus étaient toujours disponibles sur des sites de vente d'occasion en Europe de l'Est. Sollicité par l'AFP, Goodyear a déclaré ne pas commenter les procédures en cours, laissant planer des interrogations sur la sécurité routière et la responsabilité des industriels.



