Sept anciens fidèles de la branche française de l’Eglise Shincheonji ont déposé une plainte à Paris, dénonçant des « dérives sectaires » au sein de ce mouvement religieux d’origine sud-coréenne. Dans ce document remis cette semaine, ils décrivent un quotidien marqué par des « violences physiques », une « emprise mentale » et un « suivi constant » via l’application Telegram. Selon la plainte, les victimes ont subi une dépendance croissante à la secte et à ses enseignements, certaines continuant de vivre dans un état anxiogène après avoir quitté l’organisation.
Des accusations graves
Les avocats des plaignants, Mes Anne Desriaux et Baptiste Bellet, soulignent la gravité des faits : « manipulation, exploitation de personnes vulnérables, pressions psychologiques, isolement social, captation de revenus, violences physiques et séquestration ». La plainte, déposée mardi contre X, vise l’église et ses responsables en France pour huit chefs, dont violences volontaires, menaces, harcèlement moral, séquestration et escroquerie. Un plaignant affirme avoir « adhéré à des croyances imposées, notamment l’assimilation de la figure de Jésus à celle de Lee Man-hee », fondateur de l’Eglise, âgé de 94 ans.
Violences physiques et séquestration
Une femme déclare avoir « subi des violences physiques directes, certains encadrants n’hésitant pas à porter des coups, justifiés comme des moyens de correction ». Deux autres victimes dénoncent avoir été séquestrées, l’une retenue dans une pièce pendant un mois, sous contraintes psychologiques. Des pratiques de bizutage sont également évoquées, comme des séances de gainage prolongées ou des courses forcées jusqu’à l’épuisement.
Escroquerie et emprise financière
Plusieurs plaignants mentionnent des versements obligatoires pouvant atteindre 10 % de leurs revenus, que les fidèles aient ou non un emploi. La plainte décrit une organisation hiérarchisée où les membres en contact direct avec les fidèles sont majoritairement d’origine africaine, tandis que les niveaux supérieurs sont composés de responsables coréens.
Recrutement et suivi psychologique
Les plaignants ont été recrutés à partir de 2017, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, par des individus dissimulant leur appartenance à Shincheonji. Une fois intégrés, ils décrivent une « sujétion psychologique », un quotidien strictement encadré avec des obligations de réunions et formations, et un suivi constant via Telegram. Les victimes expliquent n’avoir presque plus de temps libre, aboutissant à un isolement social progressif, l’abandon d’emploi et l’éloignement des proches.
Réponse de Shincheonji
Shincheonji France, par la voix de son avocat Me Alexandre Couilliot, « réfute catégoriquement les accusations » et dénonce « une campagne de dénigrement dans les médias et sur les réseaux sociaux ». Fondée en 1984 par Lee Man-hee, l’organisation revendique plus de 300 000 fidèles dans plus de 100 pays, dont plus de 1 000 en France. La Miviludes, dans son rapport 2022-2024, avait évoqué des signalements concernant cette organisation, notant qu’il n’y aurait que deux réponses possibles : « oui et Amen ». Les avocats des plaignants lancent un « signal d’alarme face aux dérives sectaires de cette organisation structurée, qui ne cesse de croître ».



