L'association anticorruption Anticor a déposé plainte, jeudi 6 août, contre Bally Bagayoko, ancien conseiller municipal de Paris et actuel dirigeant à la RATP, pour des soupçons de cumul d'emplois entre ses fonctions à la Ville de Paris et son poste à la régie des transports. Cette plainte, révélée par Le Canard enchaîné, vise des faits pouvant être qualifiés de prise illégale d'intérêts et de concussion.
Des fonctions simultanées présumées
Selon l'enquête préliminaire menée par le parquet de Paris, Bally Bagayoko aurait cumulé, entre 2018 et 2022, son mandat de conseiller de Paris délégué à la politique de la ville avec un poste de cadre à la RATP, sans avoir sollicité l'autorisation de la commission de déontologie. Ce cumul, s'il est avéré, constituerait une violation de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983, qui interdit aux agents publics de cumuler plusieurs emplois.
L'association Anticor, qui se porte partie civile, dénonce "une situation de conflit d'intérêts manifeste" et réclame des comptes. "Il est inadmissible qu'un élu chargé de la politique de la ville puisse occuper simultanément un poste à la RATP, alors que cette entreprise est un acteur majeur de l'aménagement du territoire", a déclaré son président, Jean-Louis Boudant.
Des précédents dans la gestion des transports
Cette affaire n'est pas isolée. En 2020, une enquête du Canard enchaîné avait déjà mis en lumière des cas de cumul d'emplois au sein de la RATP, notamment celui d'un autre cadre municipal. La régie des transports avait alors promis de renforcer ses contrôles, mais selon Anticor, "rien n'a changé".
Bally Bagayoko, par ailleurs proche de la majorité municipale, a toujours nié les faits. Dans un communiqué transmis à Libération, il affirme avoir "toujours respecté les règles de déontologie" et que "sa situation était transparente". Il précise avoir quitté ses fonctions à la Ville de Paris en 2022, avant de rejoindre la RATP à temps plein.
Une plainte qui pourrait relancer le débat sur la déontologie
Cette plainte intervient dans un contexte de renforcement des exigences éthiques dans la vie publique. Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire en 2023, et les investigations se poursuivent. Si les faits sont confirmés, Bally Bagayoko encourt jusqu'à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.
Pour Anticor, cette affaire illustre les failles du système de contrôle. "Nous appelons à une réforme de la commission de déontologie, qui doit avoir plus de moyens et de pouvoirs", a ajouté Jean-Louis Boudant. L'association espère que cette plainte "servira de précédent" pour dissuader d'autres élus de cumuler des emplois incompatibles.
La Ville de Paris, interrogée, n'a pas souhaité commenter, renvoyant à la procédure judiciaire. La RATP, de son côté, assure avoir "pris connaissance de la situation" et rappelle que "les règles internes interdisent tout cumul non autorisé".



