L'association AC !! Anti-Corruption a déposé une plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF) visant Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, pour des soupçons de détournement de fonds publics, d'emploi fictif, de prise illégale d'intérêts, de favoritisme, de manquement à la probité et de cumul irrégulier d'activités publiques. Cette plainte fait suite à un article du Canard enchaîné publié mercredi 5 août, qui révèle que l'élu aurait cumulé un poste de cadre à la RATP avec ses mandats électifs.
Des révélations du Canard enchaîné
Dans son article intitulé « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko », l'hebdomadaire satirique affirme qu'« avant de conquérir la mairie de Saint-Denis, Bally Bagayoko a longtemps cumulé mandat local et poste de cadre à la RATP ». Le journal évoque un « recrutement sans concours » ni entretien en 2000, des « horaires élastiques » et de « généreuses indemnités ». Selon le Canard, cette fonction à la RATP a été cumulée avec celle d'adjoint au maire, puis avec celle de vice-président du conseil départemental.
Des faits présumés de cumul illégal
AC !! Anti-Corruption rappelle que le cumul de deux emplois publics à temps plein est prohibé, sauf autorisation expresse et motivée. L'association demande donc la vérification de plusieurs éléments : l'autorisation de cumul d'activités délivrée par la RATP ou la préfecture, ainsi que la présence effective de M. Bagayoko à la RATP pendant ses mandats électifs. Si les rémunérations ont été perçues pour un emploi non exercé à temps plein, « il s'agirait d'une utilisation indue des fonds publics », note l'association.
Des indemnités en hausse de 102 %
Le Canard enchaîné révèle également que lorsque Bally Bagayoko a perdu son mandat départemental en 2015, le conseil municipal de Saint-Denis, alors dirigée par le PCF, lui a accordé une « hausse de 102 % de ses indemnités d'adjoint », « de quoi compléter un salaire de cadre qui dépassera ensuite les 6 000 euros par mois ». Interrogé par le journal, Bally Bagayoko a confirmé ces chiffres, précisant que ce montant incluait le 13e mois et les primes.
La réaction de Bally Bagayoko
Contacté par l'AFP, Bally Bagayoko n'a pas souhaité commenter le dépôt de plainte. Mais dans la soirée, il a publié sur X une lettre de remerciements à ses soutiens, dans laquelle il dénonce une « volonté de me discréditer politiquement » visant à « affaiblir une dynamique qui dépasse ma seule personne ». Il met en cause notamment « l'entourage de l'ancien maire socialiste de Saint-Denis », Mathieu Hanotin. « Je n'ai pas le souvenir qu'un maire d'une grande ville ait été confronté dans un délai aussi court après son élection à une telle succession d'attaques et de mises en cause », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Ils cherchent à nous arrêter, nous continuerons à avancer ».
Le rôle de lanceur d'alerte d'AC !! Anti-Corruption
Le président d'honneur d'AC !! Anti-Corruption, l'ancien juge Éric Halphen, a justifié cette plainte auprès de l'AFP : « Une association comme la nôtre doit signaler ce qui lui paraît illégal et attentatoire aux intérêts de nos concitoyens », a-t-il déclaré, ajoutant que les faits soient « commis par des gens classés à gauche comme à droite ». « À partir du moment où des faits semblent mettre en cause un élu municipal et une institution telle que la RATP, nous nous devions de les dénoncer au Parquet national financier. Après, nous verrons ce que le parquet décide de faire. Mais nous avons un rôle de lanceur d'alerte en quelque sorte », a-t-il poursuivi, en souhaitant qu'une enquête soit ouverte.
Un contexte politique tendu
Cette plainte intervient dans un climat politique déjà chargé à Saint-Denis. Bally Bagayoko, élu dès le premier tour en mars, est confronté à une série de controverses depuis son arrivée à la mairie. L'association AC !! Anti-Corruption, qui a perdu son agrément anti-corruption en 2022, continue néanmoins de jouer un rôle actif dans la dénonciation de possibles manquements à la probité. Cette affaire pourrait avoir des répercussions sur la gouvernance de la ville et sur la crédibilité de l'édile, alors que la procédure judiciaire suit son cours.



