Pourquoi la justice criminelle française a besoin du « plaider-coupable criminel » selon un avocat
Plaider-coupable criminel : une nécessité pour sauver la justice

La justice criminelle française au bord de l'effondrement

Dans une tribune publiée le 16 avril 2026, l'avocat pénaliste François Mazon tire la sonnette d'alarme sur l'état critique de la justice criminelle en France. Les délais actuels d'environ six ans entre les faits et l'audience sont jugés inacceptables pour toutes les parties concernées : accusés, victimes, professionnels de la justice et citoyens qui perdent progressivement confiance en leur système judiciaire.

L'impossible solution par l'augmentation des moyens

Face à ce constat partagé par l'ensemble des acteurs judiciaires, François Mazon écarte d'emblée l'idée qu'une simple augmentation budgétaire pourrait résoudre le problème. La ressource la plus critique n'est pas l'argent, mais le nombre de magistrats, explique-t-il. Même en doublant le budget de la justice, les délais de jugement ne diminueraient pas proportionnellement.

La formation des magistrats par l'École nationale de la Magistrature (ENM) reste un processus long et sélectif. La promotion 2025 comptait 468 étudiants, un chiffre déjà supérieur aux années précédentes. Selon les projections du ministère de la Justice pour 2023-2027, l'augmentation nette prévue est de seulement 1 500 magistrats, soit moins d'un par jour. Et tous ne seront pas affectés à la justice criminelle.

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Le plaider-coupable criminel : une solution pragmatique

Face à cette impasse, François Mazon voit dans la procédure de « plaider-coupable criminel », adoptée par le Sénat le 14 avril 2026, la seule alternative réaliste à court terme. Cette nouvelle option procédurale ne remplace pas le système actuel, qui continuera de traiter 85% à 90% des affaires selon les estimations du ministère.

Le mécanisme permet à une personne reconnaissant des faits criminels de plaider coupable, avec l'accord du parquet et sans opposition de la victime. Une peine réduite à deux tiers du maximum encouru est alors proposée. L'homologation de cette peine se fait devant trois magistrats lors d'une audience publique ne dépassant pas une demi-journée.

Les avantages multiples de cette réforme

François Mazon identifie plusieurs bénéfices à cette procédure :

  • Désengorgement des cours criminelles et d'assises
  • Plus de temps pour les procès où la culpabilité est débattue
  • Renforcement de la position des victimes
  • Alternative pour les victimes souhaitant éviter l'épreuve d'un long procès

La victime conserve son droit de s'opposer au plaider-coupable et d'obtenir un procès classique si elle souhaite une confrontation directe avec l'auteur des faits.

La nécessité de préserver la solennité des audiences

L'avocat pénaliste insiste cependant sur un point crucial : l'audience d'homologation doit conserver une dimension solennelle et symbolique. Ayant lui-même participé à une centaine de jours d'audience criminelle, il souligne l'impact profond de ces moments sur les accusés et les victimes.

« Il n'est plus le même après une audience criminelle, qu'il reconnaisse les faits ou pas », affirme-t-il, évoquant la dimension cathartique du procès traditionnel. Sans cette solennité, il craint un risque accru de récidive par manque de prise de conscience de l'auteur.

Une réforme encadrée et nécessaire

François Mazon conclut en appelant à la mise en place de cette procédure qui ne concernera qu'environ un dossier sur dix. Il serait regrettable de ne pas agir alors que la justice criminelle s'effondre sous le poids des délais, estime-t-il, tout en rappelant la nécessité de rendre l'audience d'homologation suffisamment solennelle pour préserver la dimension symbolique essentielle à tout procès criminel.

Après une première carrière dans l'entreprise où il a dirigé Capgemini France, François Mazon est devenu avocat pénaliste à 50 ans. Il a notamment défendu le tueur en série Patrick Salameh et la famille d'Angela, une adolescente de 13 ans tuée dans l'attaque d'une pizzeria en Seine-et-Marne.

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